mercredi 22 octobre 2008

iBN HAZM (3) LA FEMME ANDALOUSE DANS LE "TAWQ AL-HAMÂMA



Dans son Préambule, Ibn Hazm définit les conditions qui régiront son discours sur l'amour et les amants : " il me faut relater ce dont j'ai été personnellement témoin, ce que j'ai appris de tierces personnes et ce que m'ont rapporté des hommes dignes de foi d'entre mes contemporains. Tu voudras donc bien me pardonner de ne point citer de noms. En effet, si je le faisais, je dévoilerais quelque turpitude qu'on n'a pas le droit de divulguer. Cette discrétion est également motivée par le désir de ménager quelque ami très cher ou quelque personnage illustre. Je me bornerai donc à nommer les gens quand il n'y a pas d'inconvénient à le faire et quand ni l'intéressé ni moi-même n'en saurions encourir un reproche, soit parce que les faits sont trop connus et qu'il ne servirait à rien de les dissimuler et de les laisser dans le vague, soit encore parce que l'intéressé considère sans importance la divulgation de son cas et ne désapprouve point qu'on en colporte la nouvelle."
Ce sont là de véritables règles de déontologie que l'auteur s'applique tout au long de son épître. Il en découle un certain nombre de conséquences pratiques.
1° Le "Tawq " , à la différence de prédécesseurs qui ont traité avant lui ce sujet, n'abordera pas les " amours éternelles et légendaires " qui constituent les principales références des ouvrages antérieurs.
2° Les " cas " abordés par Ibn Hazm sont tous issus de la réalité sociale andalouse à la fin du 4e-10ème siècle.
3° Les relations amoureuses traitées appartiennent donc à l'univers urbain et aux mœurs particulières que la société métissée d'al-Andalus a développés au cours de près de trois siècles d'histoire.







L’enfance et une partie de l’adolescence d’Ibn Hazm ont été profondément marquées par les femmes parmi lesquelles il a vécu. Ce sont elles qui lui ont enseigné le Coran et lui ont transmis une part importante du savoir poétique qui le caractérise. Témoin direct de leurs histoires qu’elles se racontaient en présence d’un enfant doué d’une excellente mémoire, l’auteur du Tawq connaît mieux que personne les qualités et les défauts des femmes. Ce sont ses observations et ses impressions sur l’univers féminin qui ont forgé un jugement parfois sévère qu’Ibn Hazm livre à ses lecteurs.
Les relations exclusives vécues dans le harem expliqueraient son caractère jaloux. Par ailleurs, sa sévérité à l’égard des femmes enlèverait, selon Ihsan Abbas, toute objectivité à son témoignage.
La femme andalouse et le Tawq

Les femmes dont ibn Hazm rapporte les aventures appartiennent à des catégories sociales différentes.
Les femmes libres vivaient relativement cloîtrées dans leurs foyers derrière « un épais voile » comme le souligne en plusieurs points Ibn Hazm. Cette situation n’épargnait ni les riches ni les modestes d’entre elles. Séparées des hommes, elles durent développer de grandes capacités d’imagination à partir seulement des voix masculines perçues derrière les rideaux. De là aussi le rôle très important du messager qui reste le seul moyen pour les amants de communiquer entre eux. Ce messager est lui-même le plus souvent de sexe féminin afin de tromper la vigilance de ceux qui veillent sur le harem.
En charge de l’entretien de leurs foyers, les hommes sont très souvent accaparés par leurs métiers ainsi que par différentes obligations qui les rendent moins aptes que les femmes à s’intéresser aux aventures amoureuses. Par contre les femmes sont disponibles et peuvent s’y consacrer beaucoup plus. C’est pour cela qu’elles apparaissent pleines d’initiatives dans le Tawq.
Ibn Hazm souligne cependant l’égalité des hommes et des femmes devant la force de la séduction. Les uns comme les autres sont capables aussi bien de succomber que de résister aux tentations .
Sur la beauté, l’auteur du Tawq fait une observation au sujet du caractère plus durable de la beauté des hommes (bab as-suluww). Il fait part de sa préférence des femmes blondes.

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