jeudi 30 avril 2009

Fleurs et jardins dans la poésie andalouse



Le printemps est là! Pour le fêter, cet extrait d'un zadjal andalou et un texte sur l'art de la poésie florale (nawriyyat) chez les Andalous et leurs héritiers maghrébins.
Et pour illustrer ce poème un bouquet de fleurs offert à tous les visiteurs.

‘abbaqat fi r-riyâd al-azhâr
‘an qurbi n-nahâr

asbah ka-anna-hu ‘attâr

Exhalant leurs parfums
au lever du jour, les fleurs d'orangers
ont fait du jardin un vrai parfumeur

Unzur li-l-ghusûn tamîh
ma‘a kulli rîh
djamî‘ mâ tarâh malîh

Qum ‘âyin al-bustân
wa t-tayru fî tahrîdj

Les branches se balancent au grès de la brise;
tout est beau pour les yeux du promeneur
et les oiseaux sont en fête

al-mâ’ ka-mâ th-thu‘bân
yansal fi s-sahrîdj
bayna l-ghurûs
bân ka-‘anna-hu husâm bahîdj

Image de l' eau qui serpente parmi les plantes et s'insinue tel un sabre dans le bassin qui l'accueille

De toutes les saisons, seul le printemps est évoqué. C’est la saison de la résurrection : les arbres bourgeonnent et les fleurs éclosent; L’eau coule abondante dans les canaux. Les oiseaux égayent de leurs chants les jardins fleuris et invitent amants, convives et commensaux à profiter de chaque instant.
Les oiseaux sur les branches chantent la victoire du jour sur la nuit et réveillent les commensaux endormis.


En décrivant les jardins, tels des mariés en habits de fête, les poètes dépeignent un état intérieur : épousailles, joie de vivre et d’aimer. Les jardins exhibent leurs plus belles parures et les fleurs
paradent fières de leurs couleurs et de leurs parfums exquis.

Dans ces jardins, tout vit et appelle à la vie, tout est en joie et invite à l’allégresse, tout est beauté et exhorte à admirer l’œuvre du Créateur.

Les branches chargées de bourgeons ou de fleurs dansent au passage de la brise et évoquent de jeunes filles en fleurs balançant leurs tailles fines.


Tout parle : fleurs, oiseaux, cours d’eau, pluie fine que déversent des nuages en larmes. Tout parle pour appeler à profiter de l’instant qui passe et ne reviendra jamais.

Le poète s’exprime à travers les chants des oiseaux, du murmure de l’eau qui parcourt les parterres de fleurs, des norias bavardes qui tournent sans arrêt.

On évoque les noms de fleurs plutôt que ceux des arbres. Les seuls nommés sont l’amandier et le noyer. Le palmier est totalement absent même s’il existe sur le sol andalou. Le jardin andalou est en rupture totale avec les jardins orientaux et surtout avec les oasis et le désert.



La djanna et le djinân :

Chassés du Paradis céleste, les Andalous renaissent dans une réplique de l’Éden perdu. Ils vivront plusieurs siècles dans cet univers paradisiaque chanté par tous les poètes d’al-Andalus avant d’en être chassés. Ils le perdront parcelle par parcelle jusqu’à la chute du royaume de Grenade et l’exclusion définitive qui leur laissera un goût amer et une nostalgie ineffaçable du Firdaws al-mafqûd.

Le jardin qui est nommé tantôt djinân, tantôt bustân, riyâd ou rawd présente quelques similitudes avec l’image du Paradis céleste. Comme Adam et Ève, les amants terrestres trouvent dans les jardins toutes sortes de bienfaits licites, mais toute relation amoureuse en dehors des lois sociales leur est interdite. Ils sont constamment sous la surveillance du raqîb (l'espion jaloux) qui veille au respect des règles qui régissent les liens du mariage.
Dans le Paradis céleste, Iblîs, le démon, incite le couple originel à goûter au fruit défendu censé leur permettre d’accéder à l’immortalité et à la connaissance . Dans les jardins andalous, les oiseaux participent à l’allégresse qui prévaut dans les jardins par leurs chants. Ils proclament dans de sages sentences que les hommes doivent profiter de l’instant qui passe et invitent les amants à s’adonner à l’amour et à l’ivresse. L’exhortation à cette forme d'épicurisme, ce carpe diem est un thème très fréquent dans les azdjâl chantés. Aucun sentiment de transgression n’existe dans cette poésie où cohabitent amour, ivresse et prières adressées au Créateur de toutes les jouissances terrestres. Les oiseaux chantent des « psaumes » à la gloire de Celui qui a créé les jardins, où foisonnent des fleurs que l’eau du Ciel arrose généreusement."
Saadane Benbabaali, extrait de les amants du paradis perdu, essai en préparation.


« Les poètes andalous, dans leurs nawriyyât ont montré un amour sincère pour la fleur ; ils ont cherché avec évidence la plus grande minutie dans leur description, sans trop verser pour cela dans la préciosité. Les fleurs qu’ils décrivent ont été vue autrement qu’à travers des souvenirs d’école. Les précisions qu’ils donnent prouvent qu’ils ont fait leurs observations dans la nature même ; on n’a à aucun moment l’impression de végétaux en papier peint. Si les métaux précieux abondent dans les comparaisons, on y trouve tout aussi souvent des rapprochements avec les êtres humains. Quel que soit le procédé employé pour rendreleurs impressions, ils cherchent toujours à animer la nature, et, dans les couleurs, les parfums et les formes, à retrouver un reflet de la civilisation matérielle dont ils peuvent voir les nombreuses manifestations autour d’eux. En donnant une telle ampleur aux descriptions de fleurs, ils se sont en quelque sorte, approprié un genre ue les Orientaux avaient connu, mais qu’ils n’avaient traité que comme accessoire. La fleur avec tout ce qu’elle éveille de couleurs et de parfums, est véritablement l’enchantement de la littérature andalouse du 11e siècle. »
Henri Pérès, La poésie andalouse en arabe classique au XIe siècle, Alger, 1953 p. 187.

1 commentaire:

benbabaali saadane a dit…
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