jeudi 10 décembre 2009

Salim Fergani: un maître du malouf




C'est avec un bonheur indicible que j'écoute chaque fois Salim Fergani. Il entre aujourd'hui dans mon Blog par la grande porte avec ma reconnaissance exprimée à lui et à tous ceux qui lui ont légué les bases de cet art magnifique. Je reviendrai dans une autre page sur cet artiste hors pair qui est aussi un homme profondément humain et un intérprète d'une humilité exemplaire.
Je vous propose, en attendant,
1. un article instructif de M. Henri Lecomte de la Maison des Cultures du Monde à Paris et
2. une autobiographie plus complète tirée du site : Musiques et spectacles du Monde
3.
Cheikh Salim Fergani the maestro of Maluf (english)
Bonne écoute et bonne lecture!
Saadane Benbabaali



1. Présentation par Henri Lecomte.

Salim Fergani est le dernier maître d'une dynastie de musiciens originaires de Regane, dans le sud de l'Algérie (Fergani est une déformation du mot "Regani"). Leur ancêtre, Sidi Regani, était un wali, un saint, dont la qubba (le tombeau) et la zawiya (le lieu où se réunit la confrérie) sont situés à Zarda. Selon la tradition, la famille aurait eu un ancêtre originaire d'Orient. Cette famille de musiciens-artisans (bourreliers, brodeurs, passementiers...) peut établir sa généalogie sur plus d'un siècle : Belqacem Fergani - Mohamed Çaddiq Fergani - Hammou (Zouaoui) Fergani - Hadj Mohamed Tahar Fergani - Salim Fergani. Si son père Hadj Mohamed Tahar Fergani, qui dirige encore un orchestre de renom, fut son principal maître de chant et de poésie, Salim Fergani bénéficia également de l'enseignement instrumental de son grand-oncle, Zouaoui Fergani, qui lui enseigna l'art subtil du 'ûd 'arbi.
Un maître du luth d'une autre lignée, Abdelkrim Bastandji, lui prodigua également son enseignement. Il faut remarquer que de nombreuses femmes de la lignée ont laissé leurs noms en tant qu'instrumentistes. On peut citer Fatima Stonbouli, Malika, Fatima ou Zohor Fergani ou encore une musicienne juive, Alice Fitoussi.
S'il ne dédaigne pas les formes orchestrales, au sein d'une petite formation qui comprend notamment la flûte verticale fhal, caractéristique de l'école constantinoise, Salim Fergani est un maître du solo où il accompagne son chant inspiré sur le 'ûd 'arbi (ou maghribî, maghrébin). Cet instrument, plus petit que le 'ûd maçri (ou sharqî), le luth oriental, possède quatre choeurs de deux cordes.



LA MUSIQUE

C'est la forme maghrébine actuelle du 'ûd qadîm (le luth ancien), lié à des spéculations cosmologiques qui associaient chaque corde aux humeurs, à la température, aux éléments, aux saisons, aux points cardinaux, aux signes du zodiaque et aux astres. Son accord en quintes embrassées renverse l'accord du 'ûd ancien et permet, selon le musicien et chercheur Marc Loopuyt, certains effets de djanah, la harpe arabo-andalouse maintenant disparue mais qu'évoque la poésie du zajal.
Le zajal est l'un des quatre répertoires interprétés par Salim Fergani. Cette forme poétique est originaire d'Andalousie. Elle est plus légère que le malouf, qui est la référence, tant en ce qui concerne la poésie que le développement musical de la nûba, la composition musicale. Les autres répertoires sont le mahjûz, à la scansion bien marquée et le hawzi, plus populaire.
Salim Fergani est également à l'aise dans tous ces répertoires, qui comprennent obligatoirement une introduction non mesurée, l'istikhbar et un mawwâl, un prélude improvisé. Une ou plusieurs parties sur un rythme mesuré peuvent suivre, selon l'inspiration de l'artiste.
Salim Fergani est l'un des rares musiciens maghrébins qui transmettent ainsi un répertoire savant, dans un style bien particulier à une école familiale, dans la grande tradition des artisans-lettrés-musiciens, maîtres de la nûba, qui a fleuri en Algérie, mais aussi au Maroc, en Libye ou en Tunisie. La sensibilité de son chant, sa connaissance intime des textes poétiques et des formes modales ainsi que sa parfaite maîtrise du luth font de lui un musicien majeur, dépositaire d'un vaste et noble patrimoine culturel.



2.Biographie de Salim par lui-même

Cheikh Salim Fergani, de son vrai nom Regani, Salim Fergani est né à Constantine en 1953 dans une famille issue d’une lignée de musiciens-artisans (Bourreliers, brodeurs et passementiers) qui remonte à l’époque des beys.

Il est le le fils aîné de Hadj Mohamed Tahar Fergani maître incontesté des musiques citadines constantinoises et le petit-fils de cheikh Hamou Fergani (1884-1972) chanteur réputé du genre Hawzi et figure charismatique de la confrérie des Aissaoua.

Fort de cette descendance et d’un milieu familial propice, il se révélera, très jeune, doué pour la musique et c’est donc naturellement son père qui se chargera de son apprentissage et lui prodiguera les bases de la musique andalouse.

Son oncle Mohamed Seddik Fergani dit Zouaoui (1913-1995) luthiste virtuose sera son mentor et lui fera découvrir les techniques et l’art de l’oud Arbi ce luth particulier à Constantine.

A partir de 1968, il débutera sa carrière professionnelle aux côtés de son père Hadj Mohamed Tahar Fergani, qu’il accompagnera dans toutes ses représentations et ses enregistrements.

Cependant et malgré l’aura et le prestige du père il se rapprochera en même temps des autres cheikhs constantinois qui lui permettront d’approfondir ses connaissances du corpus andalous et ses dérivés locales (Mahjouz, Hawzi, aroubi, quadriates, Zadjel) puisant auprès de ces maîtres les secrets les plus subtils de cet art raffiné dans ces différentes formes poético-musicales réservés aux seuls initiés.

Doué d’une excellente mémoire et de capacités d’assimilation avérées, il se consacrera exclusivement à la musique pour approfondir ses connaissances.

Il se fera le disciple, comme son père avant lui, de cheikh Abdelkader Toumi (né en 1906) véritable encyclopédie vivante en la matière. Cette relation privilégiée pendant de longues années a été prolifique pour Salim Fergani qui recueillera ainsi la quasi-totalité du répertoire constantinois (12 Noubas).

D’autres personnalités seront tout aussi marquantes comme Larbi Benelebdjaoui (né en 1920) violoniste remarquable et Khodja Bendjelloul (1908-1986) percussionniste exceptionnel qui lui inculqueront une pratique musicale dans la pure tradition constantinoise et l’accompagneront à ses débuts. Cheikh Maamar Berrachi (1904-1988), Abdelhamid Benelebdjaoui (1910-1982), cheikh H’souna Ali Khodja (1896-1971), si Brahim El Ammouchi (1903-1990) ces maîtres-gardiens scrupuleux de ce patrimoine seront d’un apport considérable et auprès desquels il parachèvera sa formation musicale.

Ses sources d’inspiration seront principalement son grand père Cheikh Hamou Fergani, Raymond Leyris (1912-1961), Omar Chaklab (1897-1946), Abdelkrim Benelmoufouk (1902-1970) et surtout son oncle Zouaoui Fergani disciple de Abdelkrim Bestandji (1886-1940) luthiste émérite et adulé du champ musical constantinois du début du 20ème siècle considéré comme la référence de l’oud arbi constantinois.

Ces figures emblématiques représentent pour Salim Fergani, autant de repères dans sa quête de savoir et d’authenticité. Leur influence déterminera sa filiation esthétique dont il se réclame aujourd’hui.

Salim Fergani évoluera dans la proximité de son père en tant que luthiste dans l’orchestre familial tout en s’affirmant en parallèle en qualité de chanteur-interprète dans sa propre formation qu’il dirige jusqu’à maintenant. Il multipliera à partir des années soixante dix, les concerts, les enregistrements et les émissions télévisées faisant découvrir au public un artiste au talent établi, à l’avenir prometteur particulièrement apprécié par les fins connaisseurs des musiques citadines constantinoises.

C’est à partir des années quatre vingt qu’il entamera une brillante carrière internationale qui le mènera en Europe, en Asie, en Afrique et aux USA et se fera ainsi, le porte voix de cet art séculaire et méconnu pour le large public confiné jusque là à une région déterminée et un auditoire bien précis.

Sa maîtrise du répertoire musical, sa virtuosité au luth, son sens de la communication, sa rigueur, et ses qualités humaines en font un artiste particulièrement recherché par les organismes et les institutions culturelles internationales qui le sollicitent souvent dans les différents festivals, rencontres et séminaires au cours desquels il anime des concerts, des master-class et des débats.

Des maisons d’édition spécialisées dans les musiques du monde s’intéresserent à son travail et lui permettront d’enregistrer des CD qui font référence en la matière et portent sa musique aux quatre coins de la planète.

Musicien prodige, artiste accompli, Salim Fergani incarne, aujourd’hui, la continuation de la tradition du luth constantinois et le dépositaire de ce patrimoine musical : le MAALOUF. Il se consacre pleinement à cet art qui est d’abord sa passion et continue à sillonner le monde en messager d’amour, de paix et de rapprochement des cultures.

source : Salim Fergani


3. Cheikh Salim the maestro of Maluf

Cheikh Salim Fergani is a maestro of Maluf (also known as Ma?louf) music. Fergani was born in 1953 in Constantine, in a family of musicians and artisans, embroiderers, since the ?Beys?(Otoman princes) period. He is the eldest of hadj Mohamed Tahar Fergani?s sons, the leader of Music in Constantine and the grandson of sheikh Hamou Fergani (1884-1912), the famous hawzi singer and the Sufi Aissaoua group.

From this strong musical familiar surroundings, he had a gift for music, since he was young. His father taught him Arab Andalusian music. His uncle, Mohamed Seddik Fergani (1913-1995), named Zouaoui, introduced him to the techniques and the art of the ud (Arabic lute).

Since 1968, he started his professional carrier with his father Hadj Mohamed Tahar Fergani in recordings. At the same time, despite of his father?s presence, Cheikh Salim Fergani interacted with other sheikhs of Constantine who taught him more about ?Maluf, Mahdjuz, Hawzi, Arubi, Quadriates and Zadjel.

He has excellent memory, which allows him to assimilate information easily. Like his father, he devoted himself exclusively to music, to improve his knowledge, learning from cheikh Abdelkader Toumi (1906-2005), a remarkable encyclopedia. After long years, this relationship has played a key role in Salim Fergani?s life and in the music of Constantine.

Salim Fergani improved his skills, close his father, as a member in the familia orchestra. He also performs as a musician and singer with his own group.

He has performed concerts, made recordings and has been featured on TV, letting the public discover an artist with talent and knowledge of the music of Constantine during the 1970?s.

Since the 1980?s, he's had brilliant international career that led him to Europe, Asia, Africa and the United States of America. His control on the musical repertory and the ud, his understanding of communication, his rigor and human qualities made him an artist particularly demanded by international cultural institutions.

Written and translated by Benderbal Hichem. Edited by World Music Central.

Arab Andalusian Music

The Algerian classical music named ??Indalousy,?? or Andalus, is the heiress of Arabic music, the synthesis of the ancient eastern civilization. The musical scale is essentially Greek, the modes are Persian ??segha (sika), Tchahar-Gah (Djarka) while the rhythms have maintained their Arabic origin: Raml, darj, etc.

In the West there is Ziriab, fruit of the contact between Magreb (Northwestern Africa) and Medieval Andalusian music. This music gave birth to a system of 24 nubas based on theoretical rules on the influences of metaphysical cosmogony and symbolisms. After the end of Moorish Spain 1492, this musical tradition migrated to the big cities of North Africa, such as Fez, Tlemcen, Algiers, Constantine, and Tunis. Essentially melodic, Algerian classical music, named Andalus (or Andalouse)? is maintained due to an oral tradition in which there are some difficulties in symbolizing by the system of western notation.

This tradition is represented in Algeria by three schools : Tlemcen or ??Ghernati?? from Granada, Algiers or ??Canaa?? of Cordoban tradition and Constantine, ?? the malouf school?? from Seville.

The nuba is an instrumental and vocal composition in a certain order of rhythmic rules and models. Each nuba is built on a mode (tabaa) from which it is named. A different rhythm is associated to each movement .This can be followed directly or by an intermediate short instrumental piece. A large part is unexpected. Each nuba is played at an hour of the day. Therefore, there were 24 nubas. The tradition has each nuba made on a theme adapted to the hour at which it is played. The themes generally discussed are religious life, love, and nature. Both Arab and Andalus people of North Africa use instruments such as the ud (lute), the qanun, fiddles, nay (flute) and percussion. The ud is generally an essential instrument to which one can add 2 or 3 other instruments and percussion.



1 commentaire:

Anonyme a dit…

rien a dire tel pére tel fils
c un grand maitre