vendredi 26 août 2011

«LA JOIE DES ÂMES DANS LA SPLENDEUR DES PARADIS ANDALOUS »

Article de Fayçal Métaoui

Publié dans le supplément Arts et Lettres d'El Watan


« Derrière l'apparence d'une rose »



Le titre est exquis : « La joie des âmes dans la splendeur des paradis andalous ». Le livre, de couleurs or et noir, est soigné. Il comprend une étude du thème des fleurs et jardins en arabe et en français, des poèmes en arabe traduits en français, un CD et un DVD d'un concert-live de Beihdja Rahal donné à l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris en février 2010 . Le tout est emballé dans 300 pages.
Le livre, qui vient de paraître aux éditions ANEP, est signé Saadane Benbabâali, universitaire, essayiste et traducteur, et Beihdja Rahal, interprète et enseignante de musique. Ce duo d'artistes a déjà co-signé un premier ouvrage, « La plume, la voix et le plectre », paru en 2008 à Alger aux éditions Barzakh. Le nouvel ouvrage se veut une suite du premier. « Nous restons dans le même domaine celui de la poésie et de la musique arabo-andalouse. Dans le premier ouvrage, j'ai étudié le système de la nawba. Dans ce second livre, nous nous intéressons au thème de l'amour, de la femme et du jardin. Le livre comporte la traduction de 62 poèmes alors que le premier n'en contenait qu'une douzaine. Le texte est plus consistant et est accompagné d'un index comportant toute la terminologie arabe transcrite », nous a expliqué Saâdane Benbabâali.


Selon Beihdja Rahal, le concert de l'IMA a été choisi en fonction du thème du livre: les fleurs et les jardins. « Le premier livre était quelque peu destiné à un public non initié à la musique arabo-andalouse. Dans ce deuxième livre, nous avons essayé d'approfondir l'étude et de donner plus de poèmes et de traduction. Un choix plus grand », a-t-elle noté. « Nous poursuivons notre périple poético-musical avec ce deuxième ouvrage sur le thème des « fleurs et jardins dans la poésie andalouse chantée ». L'importance de ce sujet dans les azdjal appartenant à la nawba maghrébo-andalouse est telle que nous avons eu la curiosité d'aller visiter l'univers poétique floral présent dans ces poèmes », ont précisé les deux auteurs dès l'entame du livre.

Pour Saâdane Benbabâali, les poèmes qui évoquent ou décrivent les jardins ne sont pas mono-thématiques mais traitent plusieurs sujets en même temps. « C'est un prétexte pour parler des amants qui se retrouvent dans les jardins et de la femme d'une certaine manière. L'amour andalou était courtois. J'ai pris le temps de revoir tout ce qui a été écrit depuis la Jahiliya (période préislamique) jusqu'à l'époque andalouse dans le genre de la poésie florale, les rawoudiyyat », a-t-il souligné.


"Dans le livre, nous avons répertorié tous les poèmes andalous du répertoire chanté qui évoquent les jardins. Le lecteur trouvera une étude approfondie sur les jardins et prendra connaissance d'Abu Al Walid Al Himyari, qui a écrit « Kitâb al-rabi'e » (le livre du printemps), des poètes persans et d'Ibn Khafadja. Dans « Nafh al-Tîb », Al Maqqari n'a pas tari d'éloges sur Ibn Khafadja, ce poète libre, qui a, sans doute, écrit les plus beaux textes, y compris en prose, sur la belle nature qui entourait l'actuelle ville espagnole de Valence. Il adorait les fleuves et les jardins. On a abouti à la poésie andalouse chantée ici en Algérie, au Maroc ou en Tunisie comme « qoum tara », « Dakhalt al boustan » et « al-Louzou fah ».

Beihdja Rahal a observé qu'il y a trois ou quatre ans, le public assistait à des concerts de musique andalouse, regardait des chanteurs interpréter des poèmes et repartait. « Il n'y avait pas d'explication. Le public n'entrait pas dans cet univers de poésie et s'évadait. Grâce à ces ouvrage, il peut voyager et entrer dans ce monde », a-t-elle noté.

Dans son introduction, Saadane Benbabaali précise que les poètes et musiciens qui se sont succédé depuis le IX ème siècle en terre d'Al-Andalous et au Maghreb nous ont légué un fabuleux trésor: des muwashshat (poèmes strophique comportant une alternance de rimes), des azdjal (poèmes strophiques marqués par l'usage de l'arabe parlé) et de nawbat (une suite de pièces vocales et instrumentales).
« Malgré les vicissitudes du temps et les limites de la mémoire des transmetteurs,
ce précieux répertoire est aujourd'hui en grande partie sauvé de l'oubli.
Des artistes de plus en plus nombreux l'interprètent et l'enregistrent,
des associations dans toutes les grandes villes du Maghreb et d'Europe
l'enseignent et des musicologues et des poéticiens l'étudient
».
Les héritiers de Ziryab contribuent donc à protéger et préserver un patrimoine culturel ancestral.

L'Ensemble "Beihdja Rahal" à la Maison des cultures du monde à Paris

Saadane Benbabaali note dans cet ouvrage que malgré le ton souvent grave et l'austérité qui caractérisent certaines interprétations des chansons andalouses, la joie de vivre domine les azdjal chantés.« On ne parle ni de la guerre ni de la mort. Ces sujets ont fini par être définitivement abandonnés à la poésie de facture classique ». Selon l' auteur, ce livre n'est ni un essai de botanique ni un essai sur le métier de jardinier. « Nous cherchons à montrer comment des poètes andalous ou maghrébins ont su nous révéler avec simplicité et délicatesse la « réalité esthétique » que l'on peut percevoir derrière l'apparence d'une rose ou d'un jasmin ».
Les titres sont délicatement choisis pour les chapitres de cet ouvrage:
-« Du désert d'Arabie aux jardins d'Andalousie
»,
Paradis terrestres et Eden céleste »
Ton corps est un jardin d'amour ».


Les poèmes traduits soyeux et raffinés. Un exemple ?
« Tu trouble le cœur de ceux qui t'admirent !
Gloire à Celui qui t'a conçu tel un astre,
c'est toi qui donnes au jardin sa beauté
et à l'eau qui y coule sa couleur argentée ;
c'est toi qui as appris aux narcisses à baisser les yeux
et qui a donné leur sourire aux jasmins ».


Le livre est accompagné par des photos sélectionnées de jardins andalous pris par Saadane Benbabaali au cours de ses nombreux voyages en Espagne et au Portugal. Kamel Bouchama a dressé un portait de Beihdja Rahal. «Beihdja a mûri, et de sa voix suave, limpide, elle joue avec sa gorge, en émettant des sons harmoniques, comme si elle jouait avec sa mandoline. Elle interprète de grandes poésies en mettant tout son cœur pour nous envoûter », a-t-il témoigné.

Leur premier ouvrage en commun « La plume, la voix et le plectre »
a été entièrement vendu en six mois. Le prochain ouvrage de Saâdane Benbabâali sera sur le thème du l'art de vivre andalou et l'ivresse. « La joie et la vie, c'est quoi ? C'est l'amour et l'ivresse évoqués par les azdjal et les muwashshahât », a relevé Saâdane Benbabâali.

Le livre est en vente sur ebay:
http://annonces.ebay.fr/viewad/La-Joie-des-ames-Bahdjat-an-noufous-Livre-CD-DVD/5038695008


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