mardi 30 décembre 2008

ARTICLES DE PRESSE AU SUJET DE LA PLUME, LA VOIX ET LE PLECTRE


Immersion profonde dans la musique andalouse

Un livre sur la musique andalouse, voilà ce qui pourrait être une opportunité aussi bien pour les spécialistes de ce patrimoine musical que pour les profanes. Face, justement, à une maigre bibliographie sur le sujet, hormis le livre du grand maitre Sid Ahmed Serri, sans oublier les classiques d’Edmond Nafil ou de Jules Rouanet, La plume, la voix et le plectre, titre du livre écrit par Saâdane Benbabaâli, spécialiste de la musique arabo-andalouse et enseignant l’Université Paris III de la Sorbonne, se place, malgré son esprit synthétique, comme une œuvre d’autant plus importante qu’elle nous livre, dans une langue belle et simple à la fois, une idée sommaire sur ce qui est réellement cette musique, encore sujette à la curiosité des spécialistes en musicologie.
Si M.Benbabaâli nous plonge passionnément dans le lointain passé de cette musique dont les premières racines ont vu le jour dans le Bagdad abbasside avec l’épopée de Zyriab, et de tous les poètes andalous qui ont eu le génie divin de créer le Muwwashah, la fameuse poésie qui mit fin à la prédominance de la qasida classique venue d’Orient, c’est avec un langage moins poétique et dans une précision clinique, qu’il nous décrit les différentes structures de la Nawba algérienne, en expliquant, au détail près, ce que sont les parties qui la composent, M’sahliya, Tushiya, M’saddar, Btayhi…
Par ailleurs, l’auteur réserve quelques pages à une anthologie de l’Institut national de musique algérienne en passant en revue, par exemple, le travail de Sid Ahmed Serri et on a droit à une sélection de poèmes, des muwachahat, doctement expliqués. Enfin, et pour goûter aux plaisirs d’une lecture aussi passionnante, le livre comporte un CD, le dernier album de Beihdja Rahal, Nouba Raml.
Amine Goutali.




Ouvrage de Saâdane Benbabaâli


Le dernier album en Nawba Raml est entouré d’explications didactiques faites par l’un des meilleurs spécialistes algériens du muwashshah. « Le texte de M. Benbabaali est un délice de vulgarisation élégante. Les profanes comme moi ont le sentiment de comprendre un univers jusque-là inconnu », écrit Selma Hellal, des éditions Barzakh, dans le petit mot qui accompagne l’ouvrage.


A travers une écriture fluide, Saadane Benbabaali revient sur « le rapport céleste » qu’a le musicien arabe avec son art. « La musique arabe est impensable sans la voix du chanteur. Par sa voix, l’interprète transmet l’émotion qui l’étreint. Une complicité s’établit alors entre le messager inspiré et l’auditeur raffiné », écrit-il. Cela remonte à la chute de Grenade et le départ forcé des musulmans d’Espagne, chassés par la terrible Inquisition catholique. Les habitants de Al Andalous n’acceptèrent pas leur exclusion et crurent à un retour dans leur patrie. « C’est la raison pour laquelle les Andalous transmirent à leurs descendants (...) les clés de leurs demeures abandonnés de l’autre côté de la mer. Ils léguèrent aussi à leurs héritiers leur profond chagrin », raconte-t-il. D’où des poèmes parfois tristes alors que les gens d’Al Andalous étaient célèbres pour leur joie de vivre et par le raffinement de leur civilisation. Cette culture avait obtenu la reconnaissance du philosophe allemand Nietzsche, lequel avait dit : « la merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce ». Le « nous » peut être traduit par ce que les responsables du Vieux continent appellent aujourd’hui « les valeurs européennes ».
Les Andalous ont, comme l’a relevé Saadane Benbabaali, ajouté aux Sept Merveilles, les Palais de l’Alhambra de Grenade et ont inventé les nawbat musicales et le muwashshah, la poésie à strophes. Le muwashshah fut, selon lui, l’expression d’une certaine autonomie par rapport au Machreq. Avec une architecture musicale originale Ziryab, « le merle noir de Baghdad », fut le leader dans ce mouvement qui était la marque d’une société multiculturelle. La nouba remaniée et chantée au Maghreb est indissociable de la poésie strophique connue par l’alternance des rimes et des mètres. L’auteur a expliqué la différence existant entre la qacida (dont la trace est visible dans le Istikhbar de la Sana’â d’Alger) et le muwashshah. Ibn Khaldoun et Ibn Sanaâ Al Mulk ont recueilli des témoignages précieux sur cet art. Durant sept siècles, la nawba a connu des innovations. « Stable dans ses grandes lignes, la nouba s’est adaptée au génie propre au style de chaque région d’accueil », a-t-il souligné. La nouba a ainsi pris le style des villes maghrébines d’adoption comme Fès ou Alger. Mais, cet art a été marqué par des « oublis et des confusions entre les modes ». « Des mélodies vont totalement disparaître faute d’avoir été interprétées, d’autres vont être assimilées à des San’ât voisines », a relevé Saâdane Benbabâali. Des 24 noubates du système de Ziryab, il n’en reste que 12. Chaque nouba, qui est une combinaison des traditions arabos-orientales, berbères et ibériques, repose sur un mode appelé tab’ et s’organise en un ensemble élaboré. Le chercheur a détaillé le programme de la nouba algérienne qui commence avec la m’shâliya et la tushiya et se termine avec le khlâs et la tushiyat al kamâl. Il a refait lecture d’une anthologie des chansons arabos-andalouses préparée en 1972 par l’Institut national de musique, sous la direction de Djelloul Yellès et d’Al Hafnaoui Amokrane.
Selon lui, c’est le recueil le plus complet puisqu’il contient près de 660 pièces appartenant au répertoire encore chanté. 
 Saâdane Benbabâali, 60 ans, est maître de conférence à l’Université Paris III. Il prépare une traduction en français des textes andalous chantés au Maghreb.
Par Faycal Metaoui

Réminiscences zyriabiennes
5 Janvier 2009
«la Plume, la voix et le plectre», édité chez les éditions Barzakh. Un corpus d’une centaine de pages paru dans les deux langues (arabe et français) et accompagné d’un CD dont le contenu déroule des textes sublimes égrenés dans des mélodies appartenant au mode raml. L’ouvrage qui n’est qu’un premier jet, selon l’interprète, convie le lecteur à s’imprégner de l’atmosphère lyrique médiévale, à travers quelques réminiscences. Quelques poèmes et chants d’Andalousie sont exhumés pour être portés au profane de la musique classique. Dans un style alerte et fluide, ‘’engoncé’’ dans une maquette excellemment élaborée, le livre se veut un document didactique avec des flashes événementiels dans la trajectoire de l’espace abbaside jusqu’aux territoires du sud de la péninsule ibérique que résument Cordoue, Séville et Grenade. Le muwasshâh, la nawba d’al-andalus au Maghreb, le système des nawbât, l’analyse des poèmes chantés, le programme de la nawba algérienne avec ses mouvements sont autre entres haltes auxquelles le lecteur est invité. «Nous avons essayé, par des rappels historiques, des explications et des analyses, d’introduire le lecteur non initié au monde merveilleux de la poésie et du chant andalous. Nous avons convié chacun à devenir ainsi le dépositaire d’un héritage fabuleux légué par des générations d’artistes. Pendant des siècles, depuis 822, non seulement Ziryâb mais aussi tant de poètes et de musiciens anonymes ont apporté chacun leur pierre à cet édifice devenu patrimoine de l’humanité : la nawba andalouse», lit-on dans le synopsis présenté par le maître de conférences à l’université Paris III et auteur de nombreux articles sur la littérature arabe et andalouse, le Dr Saadane Benbabaali qui, par ailleurs est l’auteur du choix des textes et leur traduction de l’arabe. Aussi, n’y a t-il pas lieu de relever quelques symphonies célestes dont s’expriment par des mélopées les soufis : Depuis qu’on m’a coupé de la jonchaie,
se lamente la flûte,
ma plainte fait gémir l’homme et la femme.
Je veux un cœur déchiré par la séparation,
pour y verser la douleur du désir.
Quiconque demeure loin de sa source,
aspire à l’instant où il lui sera à nouveau un".

En somme, la voix de la chanteuse qui abhorre le qualificatif de diva qui, selon elle, est un fourre-tout paresseux pour journaliste pressé de ‘’pondre’’ son papier et le jeu subtil de ses musiciens [raviront], est-il noté dans la présentation de l’ouvrage, mieux que toutes les analyses, [l’ouïe du mélomane].
F. B. H.
Par : Farouk Baba-Hadji
CULTURE
LA PLUME, LA VOIX ET LE PLECTRE
La nawba sous toutes ses formes...
08 Janvier 2009 - Page : 21
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La plume, la voix et le plectre, cet ouvrage bilingue est axé sur la poésie et la musique andalouses, en collaboration avec Saâdane Benbabaâli qui décrit en préambule «la quête ininterrompue des musiciens, afin de retrouver ces mélodies célestes originelles», lorsque le musicien arabe saisit son luth...Et d’ajouter: «Même si pour accompagner son chant, le musicien a recours à son instrument, la musique arabe est impensable sans la voix du chanteur.
Ce livre comprend aussi des poèmes andalous et des explications et commentaires sur la musique andalouse,. Ainsi, ce livre nous plonge dans cet univers du Muwashah- né grâce aux peuples de l’Occident qu’on appelle Ahl al-Andalous -qui occupe aussi bien, une place au Maghreb qu’en Orient, affirme-t-on, une place particulière dans la musique arabe savante. Il est question ici de l’art de Tawashih, un genre poétique, né dans la péninsule ibérique vers la fin du Xe siècle, renforcé par la venue du fameux ziryâb. «Ce transfuge oriental, ancien affranchi d’origine kurde, marqua de son empreinte, de façon définitive, le système musical andalou.» Sans détacher la naissance de cette musique de son histoire sociale et politique, il est ainsi fait état de l’art du tawashih, lequel est «incontestablement la signature originale d’une civilisation qui est parvenue, à un moment de son histoire, à réaliser la synthèse heureuse des diverses sensibilités qui se cotaient alors: ibère, arabe et berbère».
Les Andalous ont, comme l’a écrit Saâdane Benbabâali, ajouté aux Sept Merveilles, les Palais de l’Alhambra de Grenade et ont inventé les nawbat musicales et le muwashah, la poésie à strophes.
Ce livre très intéressant est bourré de sources et de repères historiques, nous apprend-on. La plupart des poètes qui excellèrent dans cet art nouveau qu’est le muwashah appartenaient aux classes sociales modestes.
La popularité et l’authenticité du muwashah triompheront de toutes les réticences des censeurs bornés et des hommes de lettres timorés qui ne pensaient pas imaginer un autre cadre à l’expression poétique que celui, immuable, de l’antique qacida. Il est évoqué également dans cet ouvrage le système des nawbat, le programme d’une nawba algérienne, autrement la m’shâliya, la tushiya, le m’saddar, le b’tayhi, le darj, tushiyya-t al-insiraâfat, Insirâf et un khlâs et pour clore le tout et avant d’entamer la nawba suivante, on peut exécuter une tushiya-t Al-kamâl.
Ce livre fait référence aussi à l’anthologie de l’Institut national de musique algérien, à l’anthologie de Sid Ahmed Serri, et à l’analyse des poèmes chantés, dont les sujets de prédilection sont souvent l’homme, la femme et le cosmos, l’amour: entre délices et souffrances. La plume, la voix et le plectre se referme sur une série de poèmes, inscrits dans les deux langues, arabe et français.
Un très beau cadeau que celui-là à offrir en ces temps de Nouvel An...

O. HIND

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Je viens de terminer la lecture de votre livre et j'ai l'impression d'avoir enfin compris le secret de la nawba andalouse. Les informations que vous apportez sur la poésie strophique, dite "muwashshah" est fondamentale. Votre style clair et agréable à lire procure un véritable plaisir. Enfin, quel cadeau merveilleux que cette nawba Raml interprétée majestueusement par votre complice Beihdja RAHAL; L'Algérie peut être fière d'avoir un spécialiste comme vous pour combler un vide énorme dans le domaine de la musique et de la poésie andalouses.
Je recommande d'urgence la lecture de votre ouvrage à tous les amateurs maghrébins de la musique de Ziryab.
À quand la suite de vos publications?
Merci encore!

Samir touati a dit…

Votre livre, en plus d'être un beau cadeau superbement imprimé est un régal pour les yeux et les oreilles.

Merci encore

Pierre Marin a dit…

J'attends avec impatience vos traductions des poèmes andalous car je me suis régalé avec ceux que vous nous offrez dans votre admirable ouvrage. Et Beihdja que nous prépare t-elle pour 2009?

Bonne année aux deux auteurs et à bientôt.

Pierre Marin

Z. a dit…

Où se procurer ce livre?
Je vis à Paris et n'ai personne pour me l'apporter d'Alger.
Merci.

Benbabaali Saadane a dit…

Une vente-dédicace avec les auteurs aura lieu en janvier à Paris. Laisser votre adresse mail et vous serez informé du lieu et de la date.

Anonyme a dit…

« Le texte de M. Benbabaali est un délice de vulgarisation élégante. Les profanes comme moi ont le sentiment de comprendre un univers jusque-là inconnu », Selma Hellal, co-responsable des éditions Barzakh

Z. a dit…

Adresse mail : younes_zoheir@hotmail.com

Amine Goutali a dit…

Un livre sur la musique andalouse, voilà ce qui pourrait être une opportunité aussi bien pour les spécialistes de ce patrimoine musical que pour les profanes. Face, justement, à une maigre bibliographie sur le sujet, hormis le livre du grand maitre Sid Ahmed Serri, sans oublier les classiques d’Edmond Nafil ou de Jules Rouanet, La plume, la voix et le plectre, titre du livre écrit par Saâdane Benbabaâli, spécialiste de la musique arabo-andalouse et enseignant l’Université Paris III de la Sordonne, aidé, dans ce travail publié récemment chez Barzakh, en langues française et arabe, par l’une des belles voix féminines de cette musique Beihdja Rahal, se place, malgré son esprit synthétique, comme une œuvre d’autant plus importante qu’elle nous livre, dans une langue belle et simple à la fois, une idée sommaire sur ce qui est réellement cette musique, encore sujette à la curiosité des spécialistes en musicologie.

Fayçal Metaoui a dit…

A travers une écriture fluide, Saadane Benbabaali revient sur « le rapport céleste » qu’a le musicien arabe avec son art. « La musique arabe est impensable sans la voix du chanteur. Par sa voix, l’interprète transmet l’émotion qui l’étreint. Une complicité s’établit alors entre le messager inspiré et l’auditeur raffiné », écrit-il. Cela remonte à la chute de Grenade et le départ forcé des musulmans d’Espagne, chassés par la terrible Inquisition catholique. Les habitants de Al Andalous n’acceptèrent pas leur exclusion et crurent à un retour dans leur patrie. « C’est la raison pour laquelle les Andalous transmirent à leurs descendants (...) les clés de leurs demeures abandonnés de l’autre côté de la mer. Ils léguèrent aussi à leurs héritiers leur profond chagrin », raconte-t-il. D’où des poèmes parfois tristes alors que les gens d’Al Andalous étaient célèbres pour leur joie de vivre et par le raffinement de leur civilisation.