Saadane BENBABAALI, ancien Maître de Conférences UNIVERSITÉ SORBONNE PARIS 3
lundi 13 juillet 2015
Ibn Arabi poète de l'Amour Divin: L'amour de l'Amour
dimanche 5 juillet 2015
L'AMOUR DE GIBRAN KHALIL GIBRAN ( "Le Prophète")
Parle-nous de l'Amour.
Et il leva la tête et regarda le peuple assemblé, et le calme s'étendit sur eux. Et d'une voix forte il dit :
Quand l'amour vous fait signe, suivez le.
Bien que ses voies soient dures et rudes.
Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.
Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.
Et quand il vous parle, croyez en lui.
Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.
Car de même que l'amour vous couronne, il doit vous crucifier.
De même qu'il vous fait croître, il vous élague.
De même qu'il s'élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,
Ainsi il descendra jusqu'à vos racines et secouera leur emprise à la terre.
Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.
Il vous bat pour vous mettre à nu.
Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.
Il vous broie jusqu'à la blancheur.
Il vous pétrit jusqu'à vous rendre souple.
Toutes ces choses, l'amour l'accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.
Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l'amour et le plaisir de l'amour.
Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l'amour vous moissonne,
Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.
L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.
L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.
Car l'amour suffit à l'amour.
Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, "Dieu est dans mon cœur", mais plutôt, "Je suis dans le cœur de Dieu".
Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l'amour car l'amour, s'il vous en trouve digne, dirige votre cours.
L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.
Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu'ils soient ainsi:
Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.
Connaître la douleur de trop de tendresse.
Etre blessé par votre propre compréhension de l'amour;
Et en saigner volontiers et dans la joie.
Se réveiller à l'aube avec un cœur prêt à s'envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d'amour;
Se reposer au milieu du jour et méditer sur l'extase de l'amour;
Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude;
Et alors s'endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.
jeudi 29 janvier 2015
نصفُ حياة Vivre à moitié de Gibran Khalil Gibran
.نصفُ حياة
Vivre à moitié ..
لا تجالس أنصاف العشاق،
Ne fréquente pas ceux qui sont à moitié amoureux,
ولا تصادق أنصاف الأصدقاء،
Ne sois pas l’ami de ceux qui sont à moitié des amis..
لا تقرأ لأنصاف الموهوبين،
Ne lis pas ceux qui sont à moitié inspirés.
لا تعش نصف حياة،
Ne vis pas la vie à moitié
ولا تمت نصف موت،
Ne meurs pas à moitié
لا تختر نصف حل،
Ne choisis pas une moitié de solution
ولا تقف في منتصف الحقيقة،
Ne t’arrête pas pas au milieu de la vérité
لا تحلم نصف حلم،
Ne rêve pas à moitié
ولا تتعلق بنصف أمل،
Ne t’attache pas à la moitié d’un espoir
إذا صمتّ.. فاصمت حتى النهاية، وإذا تكلمت.. فتكلّم حتى النهاية
Si tu te tais, garde le silence jusqu’à la fin, et si tu t'exprimes, exprime -toi jusqu'au bout aussi.
، لا تصمت كي تتكلم، ولا تتكلم كي تصمت
Ne choisis pas le silence pour parler, ni la parole pour être silencieux ...
إذا رضيت فعبّر عن رضاك، لا تصطنع نصف رضا،
Si tu es satisfait, exprime pleinement ta satisfaction et ne feins pas d’être à moitié satisfait …
وإذا رفضت.. فعبّر عن رفضك، لأن نصف الرفض قبول..
et si tu refuses, exprime pleinement ton refus, car refuser à moitié c’est accepter..
النصف هو حياة لم تعشها، وهو كلمة لم تقلها، وهو ابتسامة أجّلتها، وهو حب لم تصل إليه، وهو صداقة لم تعرفها..
Vivre à moitié, c’est vivre une vie que tu n'as pas vécue…
Parler à moitié, c’est ne pas dire tout ce que tu voudrais exprimer
sourire à moitié, c’est ajourner ton sourire,
aimer à moitié, c’est ne pas atteindre ton amour
être ami à moitié c’est ne pas connaître l’amitié
النصف هو ما يجعلك غريباً عن أقرب الناس إليك، وهو ما يجعل أقرب الناس إليك غرباء عنك،
Vivre à moitié, c’est ce qui te rend étranger à ceux qui te sont les plus proches, et te les rend étrangers à toi....
النصف هو أن تصل وأن لاتصل، أن تعمل وأن لا تعمل، أن تغيب وأن تحضر..
La moitié des choses, c’est aboutir et ne pas aboutir, travailler et ne pas travailler, c’est être présent et …absent
النصف هو أنت، عندما لا تكون أنت.. لأنك لم تعرف من أنت.
Quand tu fais les choses à moitié, c’est toi, quand tu n'es pas toi même, car tu n'as pas su qui tu étais
النصف هو أن لا تعرف من أنت ..
C'est ne pas savoir qui tu es...
ومن تحب ليس نصفك الآخر.. هو أنت في مكان آخر في الوقت نفسه!!..
Celui que tu aimes n'est pas ton autre moitié...c'est toi même,à un autre endroit, au même moment.نصف شربة لن تروي ظمأك، ونصف وجبة لن تشبع جوعك،
Boire à moitié n’apaisera pas ta soif, manger à moitié ne rassasiera pas ta faim...
نصف طريق لن يوصلك إلى أي مكان، ونصف فكرة لن تعطي لك نتيجة..
Un chemin parcouru à moitié ne te mènera nulle part et une idée exprimée à moitié ne donnera aucun résultat ...
النصف هو لحظة عجزك وأنت لست بعاجز.. لأنك لست نصف إنسان.
Vivre à moitié, c’est être dans l’incapacité et tu n'es point incapable... Car tu n’es pas la moitié d’un être humain
أنت إنسان.. وجدت كي تعيش الحياة، وليس كي تعيش نصف حياة!!
Tu es un être humain…Tu as été créé pour vivre pleinement la vie, pas pour la vivre à moitié
جبران خليل جبران
Traduction: Saadane Benbabaali
dimanche 18 août 2013
Poésie contre l'intolérance de NIZAR QABBANI نزار قباني
في بلاد يغتال فيها المفكرون،
ويكفر الكاتب وتحرق الكتب،
في مجتمعات ترفض الآخر،
وتفرض الصمت على الأفواه والحجر على الأفكار،
وتكفر أي سؤال،
كان لابد أن استأذنكم أن تسمحوا لي..
Dans des pays où on tue ceux qui pensent,
où l'on déclare hérétique l'écrivain et où on brûle les livres;
Dans des sociétés où l'on rejette l'Autre,
où l'on impose le silence et où on enterre les pensées sous les pierres
où toute question est hérétique
Il est nécessaire que je vous demande :
فهل تسمحون لي
أن اربي أطفالي كما أريد، وألا تملوا علي
أهواءكم وأوامركم؟
Me permettez-vous
d'éduquer mes enfants comme je le veux;
Sans que vous me dictiez vos idées fantaisistes?
هل تسمحون لي
أن اعلم أطفالي أن الدين لله أولا، وليس
للمشايخ والفقهاء والناس؟
? Me permettez-vous
D'apprendre à mes enfants que la religion appartient d'abord à Dieu et non aux Cheikhs, aux théologiens ou aux êtres humains¿
هل تسمحون لي
أن اعلم صغيرتي أن الدين هو أخلاق وأدب وتهذيب
وأمانة وصدق، قبل أن اعلمها بأي قدم تدخل الحمام وبأي يد تأكل؟
? Me permettez-vous
d'apprendre à ma petite fille que la religion est code moral, bonnes manières et éducation
qu'elle est confiance et sincérité avant de lui apprendre avec quel pied rentrer aux toilettes ou avec quelle main manger?.
هل تسمحون لي
أن اعلم ابنتي أن الله محبة، وأنها تستطيع أن
تحاوره وتسأله ما تشاء، بعيدا عن تعاليم أي أحد؟
? Me permettez-vous
D’apprendre à ma fille que Dieu est amour, qu’elle peut dialoguer avec lui, le questionner tant qu'elle voudra loin des directives de quiconque?.
هل تسمحون لي
إلا اذكر عذاب القبر لأولادي،
الذين لم يعرفوا ما هو الموت بعد؟
? Me permettez-vous
De ne point évoquer le châtiment de la tombe à mes enfants
qui ne savent pas encore ce qu’est la mort.?.
هل تسمحون لي
أن اعلم ابنتي أصول الدين وأدبه وأخلاقه،
قبل أن افرض عليها الحجاب؟
? Me permettez-vous
D’enseigner à ma fille les fondements de la religion, sa morale et son éthique
avant de lui imposer le voile?;
هل تسمحون لي
أن أقول لابني الشاب أن إيذاء الناس وتحقيرهم
لجنسيتهم ولونهم ودينهم، هو ذنب كبير عند الله؟
? Me permettez-vous
D’enseigner à mon jeune fils que nuire à autrui ou le mépriser
pour sa nationalité, sa couleur de peau ou sa religion est un grand pêché pour Dieu ?.
هل تسمحون لي
أن أقول لابنتي أن مراجعة دروسها والاهتمام بتعليمها
انفع واهم عند الله من حفظ آيات القرآن عن ظهر قلب دون تدبر معانيها؟
? Me permettez-vous
De dire à ma fille que réviser ses leçons et s’intéresser à ses études
est plus utile et plus important aux yeux de Dieu que d’apprendre par cœur des versets du Coran sans en comprendre le sens?.
هل تسمحون لي
أن اعلم ابني أن الاقتداء بالرسول الكريم يبدأ
بنزاهته وأمانته وصدقه، قبل لحيته وقصر ثوبه؟
? Me permettez-vous
D’apprendre à mon fils que prendre le Prophète comme modèle commence
par l'imiter dans son sens de l’honnêteté, de la sincérité et la droiture, avant de l’imiter dans sa manière de porter la barbe ou la taille de ses vêtements?.
هل تسمحون لي
أن أقول لابنتي أن صديقتها المسيحية ليست كافرة،
وألا تبكي خوفا عليها من دخول النار؟
? Me permettez-vous
De dire à ma fille que son amie chrétienne n’est pas une mécréante,
et qu’elle ne pleure pas de crainte que celle-ci n’aille en enfer?.
هل تسمحون لي
أن أجاهر، أن الله لم يوكل أحدا في الأرض بعد الرسول لأن يتحدث باسمه
ولم يخول أحدا بمنح 'صكوك الغفران' للناس؟
? Me permettez-vous
De dire tout haut que Dieu n'a confié à personne sur terre, après la mort du Prophète, de parler en Son Nom
Et qu'il n'a autorisé personne à distribuer des " bons de Pardon" aux gens?
هل تسمحون لي
أن أقول، أن الله حرم قتل النفس البشرية،
وان من قتل نفسا بغير حق كأنما قتل الناس جميعا،
وانه لا يحق لمسلم أن يروع مسلما؟
? Me permettez-vous
De dire que Dieu a interdit de tuer un être humain,
et que celui qui tue injustement une personne, est comme qui aurait tué l’humanité toute entière
Et qu'aucun musulman n'a le droit de terroriser un autre musulman?.
هل تسمحون لي
أن اعلم أولادي
أن الله اكبر واعدل وارحم من كل فقهاء الأرض مجتمعين؟
وان مقاييسه تختلف عن مقاييس المتاجرين بالدين،
وان حساباته أحن وارحم؟
? Me permettez-vous
D’apprendre à mes enfants
que Dieu est plus grand, plus juste et plus miséricordieux que tous les théologiens de la terre réunis,
que ses critères de jugement différent de ceux des marchands de la foi,
que ses verdicts sont autrement plus cléments et miséricordieux
Me permettez-vous?
samedi 17 novembre 2012
Louisa Nadour: poétesse et traductrice
vendredi 21 septembre 2012
Gibran Khalil Gibran, Le don/ العطاء

Alors un homme riche dit, Parlez-nous du Don.
ثم قال له رجل غني : هات حدثنا عن العطاء
Et il répondit :
فأجاب قائلا:
Vous donnez, mais bien peu quand vous donnez de vos possessions. إنك إذا اعطيت فإنما تعطي القليل من ثروتك
C'est lorsque vous donnez de vous-même que vous donnez véritablement.
و لكن لا قيمة لما تعطيه ما لم يكن جزءاً من ذاتك
Car que sont vos possessions, sinon des choses que vous conservez et gardez par peur d'en avoir besoin le lendemain ?
لأنه أي شيء هي ثروتك
أليست مادة فانية تخزنها في خزائنك و تحافظ عليها جهدك خوفا من أن تحتاج إليها غدا ؟
Et demain, qu'apportera demain au chien trop prévoyant qui enterre ses os dans le sable sans pistes, tandis qu'il suit les pèlerins dans la ville sainte ? و الغد , ماذا يستطيع الغد أن يقدم للكلب البالغ فطنة الذي يطمر العظام في الرمال غير المطروقة و هو يتبع الحجاج إلى المدينة المقدسة ؟
Et qu'est-ce que la peur de la misère sinon la misère elle-même ?
أو ليس الخوف هو الحاجة هو الحاجة بعينها ؟
La crainte de la soif devant votre puits qui déborde n'est-elle pas déjà une soif inextinguible ?
أو ليس الظمأ الشديد للماء عندما تكون بئر الظامئ ملآنة هو العطش الذي لا تروى غلته ؟
Il y a ceux qui donnent peu de l'abondance qu'ils possèdent - et ils le donnent pour susciter la gratitude et leur désir secret corrompt leurs dons.
من الناس من يعطون قليلاً من الكثير عندهم وهم يعطونه لأجل الشهرة و رغيتهم الخفية في الشهرة الباطلة تضيع الفائدة من عطاياهم
Et il y a ceux qui possèdent peu et qui le donnent en entier.
و منهم من يملكون قليلاً و يعطونه بأسره
Ceux-là ont foi en la vie et en la générosité de la vie, et leur coffre ne se vide jamais.
ومنهم المؤمنون بالحياة و بسخاء الحياة هؤلاء لا تفرغ صناديقهم و خزائنهم ممتلئة ابدا
Il y a ceux qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense.
ومن الناس من يعطونه بفرح و فرحهم مكافأة
Et il y a ceux qui donnent dans la douleur, et cette douleur est leur baptême.
و منهم من يعطونه بألم و ألمهم معمودية لهم
Et il y a ceux qui donnent et qui n'en éprouvent point de douleur, ni ne recherchent la joie, ni ne donnent en ayant conscience de leur vertu.
و هنالك الذين يعطون ولا يعرفون معنى الألم في عطائهم و لا يتطلبون فرحا و لا يرغبون في إذاعة فضائلهم
Ils donnent comme, là bas, le myrte exhale son parfum dans l'espace de la vallée.
هؤلاء يعطون مما عندهم كما يعطي الريحان عبيره العطر في ذلك الوادي
Par les mains de ceux-là Dieu parle, et du fond de leurs yeux Il sourit à la terre.
بمثل أيدي هؤلاء يتكلم الله و من خلال عيونهم يبتسم على الأرض
Il est bon de donner lorsqu'on vous le demande, mais il est mieux de donner quand on vous le demande point, par compréhension ;
جميل أن تعطي من يسألك ما هو في حاجة إليه
ولكن أجمل من ذلك أن تعطي من لا يسألك و أنت تعرف حاجته
Et pour celui dont les mains sont ouvertes, la quête de celui qui recevra est un bonheur plus grand que le don lui-même.
فإن من يفتح يديه و قلبه للعطاء يكون فرحه بسعيه إلى من يتقبل عطاياه و الاهتداء إليه أعظم منه بالعطاء نفسه
Et n'y a-t-il rien que vous voudriez refuser ?
وهل في ثروتك شي تقدر أن تستبقيه لنفسك ؟
Tout ce que vous possédez, un jour sera donné ;
فإن كل ما تملكه اليوم سيفترق ولا شك يوما ما ,
Donnez donc maintenant, afin que la saison du don soit la vôtre et non celle de vos héritiers.
ذلك أعط منه الآن ليكون فصل العطاء من فصول حياتك أنت دون ورثتك
Vous dites souvent : "Je donnerai, mais seulement à ceux qui le méritent".
وقد طالما سمعتك تقول متبجحاً : إنني أحب أن أعطي و لكن المستحقين فقط
Les arbres de vos vergers ne parlent pas ainsi, ni les troupeaux dans vos pâturages.
فهل نسيت يا صاح أن الأشجار في بستانك لا تقول قولك و مثلها القطعان في مراعيك ؟
Ils donnent de sorte qu'ils puissent vivre, car pour eux, retenir est périr.فهي تعطي لكي تحيا لأنها إذا لم تعط عرضت حياتها للتهلكة
Assurément, celui qui est digne de recevoir ses jours et ses nuits est digne de recevoir tout le reste de vous.
الحق أقول لك إن الرجل الذي استحق أن يقتبل عطية الحياة و يتمتع بأيامه و لياليه هو مستحق لكل شيء منك
Et celui qui mérite de boire à l'océan de la vie mérite de remplir sa coupe à votre petit ruisseau.
و الذي استحق أن يشرب من أوقيانوس الحياة يستحق أن يملأ كأسه من جدولك الصغير
Et quel mérite plus grand peut-il exister que celui qui réside dans le courage et la confiance, et même dans la charité, de recevoir ?
لأنه أي صحراء أعظم من الصحراء ذات الجرأة و الجسارة على قبول العطية بما فيها من الفضل و المنة ؟
Et qui êtes-vous pour qu'un homme doive dévoiler sa poitrine et abandonner sa fierté, de sorte que vous puissiez voir sa dignité mise à nu et sa fierté exposée ?
و أنت من أنت حتى أن الناس يجب أن يمزقوا صدورهم و يحسروا القناع عن شهامتهم و عزة نفوسهم لكي ترى جدارتهم لعطائك عارية و أنفتهم مجردة عن الحياء ؟
Veillez d'abord à mériter vous même de pouvoir donner, et d'être un instrument du don.
فانظر أولا هل أنت جدير بأن تكون معطاء و ألة عطاء
Car en vérité c'est la vie qui donne à la vie - tandis que vous, qui imaginez pouvoir donner, n'êtes rien d'autre qu'un témoin.
لأن الحياة هي التي تعطي الحياة في حين أنك و أنت الفخور بأن قد صدر العطاء منك لست بالحقيقة سوى شاهد بسيط على عطائك
Et vous qui recevez - et vous recevez tous - ne percevez pas la gratitude comme un fardeau, car ce serait imposer un joug à vous même, comme à celui qui donne.أما أنتم الذين يتناولون العطاء و الإحسان و كلكم منهم فلا تتظاهروا بثقل واجب معرفة الجميل لئلا تضعوا بأيدكم نيراً ثقيل الحمل على رقابكم و رقاب الذين أعطوكم
Elevez-vous plutôt avec celui qui vous a donné par ses offrandes, comme avec des ailes.
بل فلتكن عطايا المعطي أجنحة ترتفعون بها معه
Car trop se soucier de votre dette est douter de sa générosité, qui a la terre bienveillante pour mère, et Dieu pour père.
لأنكم إذا أكثرتم من الشعور بما أنتم عليه من الدين فإنكم بذلك تظهرون الشك و الريبة في أريحية المحسن الذي أمة الأرض السخية و أبوه الرب الكريم
mercredi 31 août 2011
Carpe diem: Emerge from your dream
وناولني كأسي وأمّ الحسن تنشد
أدرها يا نديم والنجوم لقد مالت
إذ يهُبْ النسيم والشُّميعة لفد سالت
شرابي قديم وأمّ الحسن قالت
مولاة النّواصي عشقي فيك مجدّد
وناولني كأسي وأمّ الحسن تنشد
Emerge from your dream, by the brightness of the candles
Fill up my glass, O cup-bearer, and liste
To the song of nightingale.
Pass the wine around, while the stars are waning.
The morning breaths spread their fragrance around,
The candles will soon be no more.
Inebriated with an old nectar, I hear the nightingale singing.
My Lady with thy fair curly hair, my love of thee
Keeps on staring afresh.
Fill up my glass, O cup-bearer,
To the melody of the morning bird.
trad en anglais: Anne DrouotEmerge de ton songe à la clarté vive des chandelles.
Échanson, remplis ma coupe, écoute le chant du rossignol.
Sers les convives à la ronde, au déclin des étoiles.
Les souffles du matin embaument,
Les chandelles vont à leur fin.
Enivré d’un vieux nectar, j’entends le rossignol chanter :
Ma Dame aux belles boucles, mon amour pour vous s’en va toujours recommençant.
Échanson, remplis mon verre aux accents de l’oiseau du matin.
Traduction en français: Kamel Malti
dimanche 18 avril 2010
Mohamed Abdelouahab chante : ست الحبايب
Texte et traduction
Toi la plus chère d'entre les bien-aimées
Toi qui est plus chère que mon âme et mon sang
ياحنينة وكلك طيبة يارب يخليكي يا أمي
Toi si tendre, si douce que Dieu te garde, ...maman
زمان سهرتي وتعبتي وشلتي من عمري ليالي
Autrefois tu m'as veillé, supportant la fatigue pour apaiser mes nuits
ولسه برضه دلوقتي بتحملي الهم بدالي
et aujourd'hui encore tu portes ma souffrance
انام وتسهري وتباتي تفكري
Je dors et tu veilles et passe la nuit à méditer sur mes soucis
تعيشي لي ياحبيبتي يا أمي ويدوم لي رضاكي
Que Dieu te garde,ô maman, ma bien-aimée!
Et que ton agrément dure à jamais
أنا روحي من روحك انت وعايشه من سر دعاكي
Mon âme est issue de la tienne et si je vis c'est grâce aux secrets de ta bénédiction
بتحسي بفرحتي قبل الهنا بسنة
Tu pressens ma joie et tu devines mon bonheur un an avant moi
وتحسي بشكوتي من قبل ماأحس أنا
et tu ressens ma plainte avant que je ne la ressente
يارب يخليكي ياأمي يارب يخليكي ياأمي
Que Dieu te garde, maman, Qu'Il te garde , ô mon Dieu
لو عشت طول عمري أوفي جمايلك الغاليه علي
Toute ma vie ne suffirait pas pour te rendre tes bienfaits
أجيب منين عمر يكفي وألاقي فين أغلى هدية
Où trouverai-je le temps de te remercier? où trouverai-je plus beau cadeau que toi?
نور عيني ومهجتي وحياتي ودنيتي
Lumière de mes yeux, toi mon âme et ma vie et toute mon existence
لو ترضي تقبليهم دول هما هديتي
Si tu acceptais, tout cela je te l'offrirais
يارب يخليكي ياأمي ست الحبايب ياحبيبة
Que Dieu te garde, maman, Qu'Il te garde , ô mon Dieu
jeudi 1 avril 2010
Cheikh Mohamed al-Ghaffour chante Hibbî
Voici un enregistrement de cheikh Mohamed al-Ghaffour, avec une traduction du premier chant: Hibbi al-ladhi ranî na'shaquHibbî al-ladhî rânî na‘shaqu
Avec la belle dont je suis épris
Je partage ma coupe..
Dieu demandera des comptes
À celui qui sème le trouble dans son cœur
Et lui enseigne tyrannie et évitement:
Ô mon Dieu, je veux me repentir.
Nous vivions sans reproches, dans l’harmonie,
Aucun nuage n’obscurcissait notre firmament,
Et mon âme lui appartenait:
Ô mon Dieu, je veux me repentir.
Iblîs, le Maudit, l’a trompée
Et de moi l’a détournée;
Je souffre tant que je crie de douleur:
Ô mon Dieu, je veux me repentir.
Chaque fois que je la rencontrais,
Humble et soumis, je baisais sa main;
Mais elle redoublait de tyrannie:
Ô mon Dieu, je veux me repentir.
Hier encore, nous étions enlacés,
Et voilà qu’aujourd’hui elle m’abandonne,
Dieu demandera des comptes
À celui qui sème le trouble dans son cœur
Et qui lui enseigne la tyrannie et l’évitement:
Ô mon Dieu, je veux me repentir.
Traduction: Saadane Benbabaali
Biographie
Ce musicien de talent est venu avec sa voix, son chant puisé dans le répertoire des vieux poètes - musiciens de la région, Ben M'saïb, Ben Sahla, Cheikh Rémaoun, Kaddour Ben Achour (représentant du Dey d'Oran pour la circonscription de Nedroma, naquit dans à Tlemcen en 1850 célèbre pour avoir composé de nombreux poèmes et panégyriques dans la doctrine soufie et décédé en 1938) et tant d'autres donner un souffle nouveau à la musique populaire algérienne.
Il rejoint l'un des nombreux orchestres de la ville, celui de Hadj Ghenim Naqqache où il apprend la darbouka pendant trois mois, puis la mandoline durant deux ans.
Ensuite il rejoint un autre maître, Driss Rahal avec qui il reste jusque en 1953. Le reste ce sont les cercles littéraires de la Mesria et Tarbiaâ qui le formeront. C'est là que le jeune Ghafour apprend à se maîtriser, à évoluer artistiquement.
En 1962, à l'indépendance de l'Algérie, Cheikh Mohamed Ghaffour reconstitue son orchestre et imprime un cachet nédromi à la musique andalouse par ses noubas plus légères et moins académiques que celles de Tlemcen, ainsi que par ses chants et ses qacida tirées d'auteurs et de compositeurs nédromis comme M'Hammed Remaoun et surtout Cheikh Kaddour Ben Achour Zerhouni. Après une première participation au festival de la musique andalouse de 1967 à Alger, Cheikh Mohamed Ghaffour donne le nom de El Moutribia El Mouahidia à son ensemble. C'est alors que feu M'Hamed Bouri prend en charge la carrière du Maître pour le faire connaître du grand public. Ainsi Mohamed Ghaffour participe au 2ème festival de musique andalouse en 1969 à Alger ou il obtient le premier prix grâce à sa célèbre chanson "Welfi Meriem " (texte de Cheikh Kaddour Ben Achour Zerhouni).
Cheïkh Mohamed Ghaffour s'est détaché de ce monde pour se consacrer à Dieu après une carrière musicale plutôt riche. Il appartint à la Zaouïa Ziania. Rappelons aussi qu'il sera fortement imprégnée par cette zaouïa. Il va être fidèle, sa vie durant, à sa fréquentation, à son enseignement et à ses pratiques religieuses.
Source: http://musique.arabe.over-blog.com/article-24294187.html
Lire un article intéressant: http://www.lexpressiondz.com/article/3/2001-09-08/601.html
mardi 12 janvier 2010
لو كان سلطان المحبّة منصفي \ Law kâna sultân al-mahabbati munçifî

Inqilâb Sîka (p. 211) : Law kâna sultân al-mahabbati munçifî
لو كان سلطان المحبّة منصفي
Law kâna sultân al-mahabbati munçifî
Si la sultane de l’amour était juste envers moi
ما كان نومي عن عيونيي قد نفي
Mâ kâna nawmî ‘an ‘uyûnî qad nufî
Le sommeil n’aurait pas fui mes yeux
يا سادتي رقّوا لصبّ مدنف
Yâ sâdatî raqqû li-çabbin mudnifi
Nobles gens, pitié pour un amoureux au seuil de la mort
أما ترحمون عزيز قوم ذلّ في
Amâ tarhamûn ‘azîza qawmin dh؟lla fî
Ne seriez-vous pas clément avec un riche seigneur
شرع الهوى وغنيّ قوم إفتقر
Shar‘i l-hawâ wa ghaniyya qawmin iftaqar
Que l’amour a humilié et rendu pauvre et démuni ?
لام العواذل فيك ما طاوعتهم
Lâma al-‘awâdhilu fîka mâ tâwa‘tu-hum
Les censeurs me reprochent de t’aimer, mais je n’en ai cure،
أعرضت عن أغراضهم و تركتهم
A‘radtu ‘an aghrâdi-him wa taraktu-hum
Je me suis détourné d’eux et de leurs propos
سددت كلّ مسامعي و هجرتهم
Sadadtu kulla masâmi‘î wa hadjartu-hum
Sourd à leurs reproches, je me suis éloigné d’eux
قالوا هويت مدلّلا فأجبتهم
Qâlû hawayt mudallalan fa-adjabtu-hum
Ils m’ont dit que j’ai aimé une fière coquette
كُفّوا ، إذا نزل القضاء عُمِيَ البصر
K؟ffû idhâ nazala al-qadâ ‘umiya al-baçar
َAssez (de reproches)! quand le destin est décrété les yeux sont aveuglés.
Notes explicatives et corrections d'erreurs du texte courant:
[1] On peut également comprendre sultân al-mahabbati comme étant le pouvoir de l’amour qui s’impose à tous les amoureux et les tient sous son autorité.
[2] riqqû et non raqqû à l’impératif.
[3] Danifa yadnafu : être gravement malade, être près de mourir.
Le mudnif : quelqu’un qui est atteint d’une maladie grave, près de mourir.
[4] dhulla et non dhalla au passif.
[5] Plutôt ghaniyya avec une shadda
[6] kuffû et non kaffû à l’impératif.
vendredi 4 décembre 2009
Yâ bâhî al-djamâl djud lî bi-l-wafâ/inqilâb zidân
Yâ bâhî al-djamâl djud lî bi-l-wafâ
Yakfî dhâ l-matâl qalbî shughifa
Arshaf lî az-zulâl shahdan qarqafâ
Yâ mâ ahla l-wisâl min ba‘di l-djafâ
Lâmanî al-‘adhûl fîk yâ malîh
Qult yâ djahûl mâ hâdhâ sahih
Isma‘ mâ aqûl innî la-k(a) nasîh
Al ‘ishqu halâ wa-l-mawlâ ‘afâ
Refrain : Yâ mâ ahla l-wisâl min ba‘di l-djafâ
Yâ hulw al-kalâm isma‘ lî wa djud
Al-djafâ harâm yakfî dhâ s-sudûd
Dâwi l-mustahâm bi-lathmi l-khudûd
Rîqak yâ rashâ shifâ lî shifâ
Refrain : Yâ mâ ahla l-wisâl min ba‘di l-djafâ

Traduction des termes et expressions
Yâ bâhî al-djamâl : toi dont la beauté est éclatante
djud lî bi-l-wafâ : sois généreux par ta fidélité
Yakfî dhâ l-matâl : assez de cette longue attente !
qalbî shughifa : mon cœur est brûlé par la passion
Arshaf lî : donne-moi à boire (laisse-moi goûter)
az-zulâl : eau douce, pure et limpide
shahdan : rayon de miel
qarqafâ : le verbe qarqafa s’utilise dans l’expression : qarqafa min al-bard et signifie : grelotter de froid. Le nom al-qarqaf est utilisé pour désigner un vin frais ou une eau fraîche.
On peut donc comprendre, dans le contexte de ce vers, que :
l’amant, brûlé par la passion et goûtant à l’amertume de la séparation : Yakfî dhâ l-matâl qalbî shughifa supplie la bien-aimée de céder à ses avances, de lui permettre, grâce à l’union :
• d’étancher sa soif (par une eau douce : az-zulâl ),
• d’apaiser sa brûlure ( par une eau ou un vin frais : al-qarqaf )
• et de goûter à la douceur de vivre (le rayon de miel : shahd)
Yâ mâ ahla l-wisâl : comme l’union est douce (agréable)
Min ba‘di l-djafâ : après l’éloignement (ce mot signifie au sens premier : cruauté, dureté et tyrannie)
Traduction partielle inédite et protégée de
Saadane Benbabaali
Sharibna wa tab sharbouna شربنا وطاب شربنا
Parmi des belles semblables à des gazelles.
Alors que l'échanson, brun et charmant,
Circulait parmi les convives.
Bientôt nous fûmes tous ivres
Et l'on n'entendait plus que : à boire ! Et santé !
Mon bien-aimé, lumière de mes yeux,
Se drapait, confus, dans sa timidité
Sers–moi donc de ce vin, remède contre l'ébriété
Et je guérirai en retrouvant joie et gaieté !
Traduction inédite et protégée de
Saadane Benbabaali
Yâ lawn al-‘asal, يا لون العسل
Qu’as-tu donc à me reprocher ?
Mon amour pour toi est infini,
Et tu m’accables de tes griefs.
L’espion jaloux tente de nous séparer,
Pourtant, à toi, tout mon être est soumis ;
Profite, ma belle, d’un instant de bonheur ici-bas.
Amant, jamais ne désespère
De celle dont ton cœur est épris ;
Si elle s’éloigne, cours te rapprocher d’elle ;
Peut-être qu’auprès d’elle tu trouveras
L’issue à ton malheur.
Mais les belles sont ainsi : boudeuses et fuyantes,
Et les amants, face à elles, sont désarmés.
Venez donc profiter d’un instant de félicité
Entre rameaux en bourgeons et jasmin,
Au son des douces mélodies que lancent
Les oiseaux et le rossignol si éloquent ;
Profite, ma belle, d’un instant de bonheur ici-bas.
Traduction protégée de
Saadane Benbabaali
Man lî bi-makhdoubati al-banâni من لي بمخضوبة البنان
من هجرها نشبه الزمان * ماضي و مستقبل و حال
حتى رثى عدولي لشان * ثم انثنى ضاحكا و قال
عاشق مسكين الله يزيده * رضاء من يعشق الملاح
خليها تهجرني أو تصلني * فليس على بغيتي اقتراح
Que puis-je faire avec la belle aux doigts teints de henné ?
Ma bien-aimée est coquette et le destin l'a gâtée.
Depuis qu'elle m'a quitté, je désespère,
Du temps présent, passé et à venir !
Même le censeur a eu pitié de mon sort,
Puis se tordant de rire, il m'a lancé :
Que Dieu accroisse la peine de l'amant éploré
Celui qui, pour l'amour des belles, éprouve tant de passion.
Laisse-la m'aimer ou me fuir si elle le veut,
Je n'ai point à me plaindre de ce qu'elle fait !
Lorsque tu me quittes, toi que mon cœur désire,
Ma nuit devient obscure et n'a plus de matin !
Traduction protégée de
Saadane Benbabaali
Gharrada al-tayru غرد الطير

Ô toi échanson qui fais tourner les coupes, (écoute !)
Les oiseaux ont lancé leurs chants, réveillant ceux qui s’étaient assoupis ;
L’aube s’est dévêtue, rejetant le manteau obscur de la nuit
Et le matin s’est révélé dans toute sa clarté ;
Sers-nous à boire de ce vin au parfum ambré
Qui procure joie et félicité.
De ce vin qui, dans la coupe, jette une gerbe d’étincelles,
Et dont l’arôme a été si bien conservé, Bois ô mon bien-aimé
Et regarde comme les fleurs se sont éveillées,
Offrant aux regards leurs joues bigarrées.
Traduction inédite et protégée de
Saadane Benbabaali
يا مبرك نهار الزيارة yâ mabrak nahâr az-ziyâra
Béni soit le jour de la rencontre يا مبرك نهار الزيارة
Quand m’a rendu visite celui qui était absent حين زارني من كان غائب
En sa compagnie, j’ai allumé ma lanterne وفي حضرته نوقد منارة
et nous avons saisi guitare et rabab.بالكيثارة مع الربايب
Profitons de cet instant fugace نأخخ من الدهر تارة
Assis auprès de tous nos amis.نجلس مع جملة الحبايب
De nuit, je suis parti sur ses traces خرجت ليلا في رسمه
Je l’ai trouvé assis scrutant les miennes وجدته جالس في رسمي
Celui dont je ne peux prononcer le nom من لا نطيق نذكر إسمه
Et qui ne peut prononcer le mien.ولا يطيق يذكر إسمي
Traduction inédite et protégée de
Saadane Benbabaali
vendredi 20 novembre 2009
"Hiziya" un des plus beaux poèmes d'amour
عزوني يا ملاح في رايس البنات * سكنت تحت اللحود ناري مقديا
يــاخي أنـــا ضرير بيــــا ما بيــا * قلبي سافر مع الضامر حيزيــا
يا حسراه على قبيل كنا في تاويل * كي نوار العطيل شاون نقضيــــا
ما شفنا من دلال كي ظي الخيـال * راحت جدي الغزال بالزهد عليــا
و إذا تمشي قبـال تسلب العقـــال * أختي باي المحال راشق كميـــــــا
جاب العسكر معاه و القمان وراه * طلبت ملقـــاه كل الاخر بهديـــــــا
ناقل سيف الهنود يومي غي بـاليـد * يقسم طرف الحديد و اللي صميـــا
مــا قتل من عباد من قوم الحســــاد * يمشي مشي العنــــاد بالفنطازيـــا
ما نشكرش البــــاي جرد ياغــــــناي * بنت احمد بالباي شكري و غنايـــا
طلقت ممشوط طاح بروايح كي فــــاح * حاجب فوق اللماح نونين بريــــــــــا
عينك قرد الرصاص حربي في قرطاس * سوري قياس في يدين الحربيــــــــــا
خدك ورد الصباح و قرنفل وضــــــاح * الدم عليـــــه ساح وقت الصحويــــــا
الفم مثل عــــاج المضحـــــك لعـــــــاج * ريقك سـي النعاج عسله الشهايـــــــــا
شوف الرقبة خيار من طلعت جمـــــــار * جعبـــــة بلار و العواقيد ذهبيــــــــــا
صدرك مثل الرخـــــــام فيه اثنين تـــــوام * من تفـــــــــاح السقام مسوه يديـــــــا
بدنك كاغط يبان القطن و الكتــــــــــــــان * و الا رهدان طاح ليلـــة ضلميــــــــا
طلقت بشرور مــــال و مخبل تخبــــــــال * على الجوف تدلال ثنيــة عن ثنيـــــــا
شوف السيقـــــــان بالخلاخل يا فطـــــــان * تسمع حس النقران فوق الريحيــــــــــا
في بــارز حاطين انصبـح ع الزيــــــــن * واحنا متبسطين في حال الدنيــــــــا
نصبح في الغزال نصرش للفــــــــــــال * كي اللي ساعي المال و كنوزهريـــا
ما يسواش المال نقحات الخلخــــــــــال * كـي نجبى عن الاحيال نلقى حيزيــة
تسحوج في المروج بخلاخيل تســـوج * عقلي منها يروج قلبي و اعضايـــــا
في التل مصيفين جينـا محدوريـــــــــن * للصحراء قـــاصدين انا والطوايـــا
و جحـاف مغلقين و البـارود ينيــــــن * الأزرق بي يميل لسـاحة حيزيـــــــــا
ساقوا جحــــاف الدلال حطوا في أزال * سيدي الأحسن قبال والزرقاء هيـــــا
قصدوا سيدي سعيد والمتكـعوك زيــــد * و مدوكال الجريد فيهــا عشيـــــــــــا
رقوا شاو الصباح كي هبوا الريــــاح * سيدي محمد قناق و أرضه معفيــــــــا
منه ساقوا جحاف حطوا في المخراف * الأزرق لكــان ساف يتهوى بيـــــــــــــا
بن صغير قصاد بموشــم الأعضـــاد * بعد ان قطعوا الواد جاو مع الحنيـــــــــا
حطوا رؤوس الطوال في ساحة الأرمال * وطني جلال هي عنــــــاق المشيـــــــــا
منها رحلوا الناس حطـوا في البسباس * بن الهريمك قيــاس بأختي حيزيـــــــــا
ماذا درنا عراس، الأزرق في المرداس * يدرق بي خلاص كي الروحانيـــــــــا
في كل ليلة نزيد عندي عرس جديد * في كل نهار عيد عندي زهويــــــــــــا
تاقت طول العلام جــوهر في التبسـام * و تمعنـي فـي الكلام و تفهم فيـــــــــــا
بنت حميدة تبـان كضي الومـــــان * نخلــة بســــــتان غي وحدها شعويــــــــا
وزند عنهـــا الريح قلعهــــا بالميــــح * مـــا نحسبها اطيح دايم محضيـــــــــــا
واضرن ذيك المليح دار لها تسريــح * حرفهـــــا للمسيح ربي مولايــــــــــــــــا
في واد “يتل” نعيد حاطين سمـاط فـــريد * رايســة الغيد ودعتني يا خويــــــــــــــــا
في ذا الليلــة وفات عادت في الممــــات * كحل الرمقات ودعت دار الدنيــــــــــــا
لضيتها لصدري ماتت في حجــــري * و دمعة بصري على خدودي مجريــــــــا
واسكن راسي جـذاب نجري في الاعـلاب * ما خليت شعـــاب من كاف و كديــــــــــا
خطفت عقلي راح مصبوغـــة الألمـاح * بنت النـــــاس الملاح زادتني كيــــــــــــــا
حطوهــــا في كفــان بنت على الشـــان * زادتني حمان نفضت مخ حجايـــــــــــا
داروها في النعاش مصبوغـة الارماش * راني وليت باص واش اللي بيـــــــــــا
جابوهــــا في جحاف حومتها تنظـــاف * زينة الأوصاف سبتي طويلة الرايـــــــا
في حومتهـــا خراب كي مرضى الكوكـاب * زيد قدح في سحاب ضيق العشويـــــــا
حومتهــــا بالحرير كمخـة فوق سريــــر * وانـــــــــا نشبر مهلكتني حيزيــــــــــا
كثرت عني هموم من صافي الخرطـــوم * مــــا عدت شي نقوم في دار الدنيــــا
ماتت موت الجهاد مصبوغة الأثــــمــــاد * قصدوا بهـــــا بلاد خالد مسميــــــــا
عشات تحت اللحـاد موشومة الأعضــــاد * عين الشراد غـابت على عينيــــــــــا
ياحفــــار القبور ســــايس ريــــم القـــــــور * لا تطيحش الصخورعلى اللي بيا
داروها في القبر والشــــــــــــــــاش معجر * تضوي ضي القمر ليلة عشريــــا
داروها في اللحود ، الزين المقدود * جبارة بين سدود وسواقي حيا
قسمتك بالكتــــاب و حروف الوهـــــــاب * لا تطيح التراب فوق أم مرايـــــــا
لوان تجي للعناد ننطح تلث عقـــــــــــــاد * نديها بالزنـــــاد عن قوم العديــــــا
واذا نحلف و راس مصبوغة الأنعـــــاس * مـا نحسبشي الناس لو تجي ميـــــا
لوا أن تجي للذراع نحلف ما تمشــــي ذراع * ننطح صرصور قاع باسم حيزيـــا
لو أن تجي للنقـــــار نسمع كان و صـار * لن نديها قمـار و الشهود عليــــــــــا
لو أن تجي للزحــــام نفتن عنهــا اعـــوام * نديهـا بالدوام نابو سهميـــــــــــــــا
كي عـــاد أمر الحنين رب العــــالميــــن * لا لقيت لهــــا من اين نقلب حيـــــا
صبري صبري عليك نصبر أن نـاتيـــــــك * نتفكر فيك يا ختي غير انتيــــــــــــــــا
هلكني يــــــا ملاح الأزرق كي يتــــلاح * بعد اختي غي زياد يحيا في الدنيـــــا
عودي في ذا التلول رعـــى كل خيــــــــــول * و اذا والى الهول شـــــاو المشليــــــــــــــا
ما يعمل ذا الحصان في حرب الميــــــــدان * يخوح شــــــاو القران امــــه ركبيـــــــــــا
آش لعب في الزمول اعقاب المرحــــــول * انا عنه نجول بيـا مــــــا بيـــــــــا
بعد شهر مــــا يدوم عندي ذا الملجــــوم * نهــــــار ثلاثين يوم وراء حيزيـــا
توفى ذا الجواد ولــــى في الاوهـــــــــــاد * بعد اختي ما زاد يحيــا في الدنيــــا
صدوا صد الـــوداع و اختي قـــــــــاع * طاح من يدي سراح الازرق آه ديــا
ربي اجعل الحيــاة ووراها الممـــــات * منهم روحي فنـــات الاثنين رزيـا
في واد “يتل” نعيد حاطين سمـاط فـــريد * رايســة الغيد ودعتني يا خويــــــــــــــــا
في ذا الليلــة وفات عادت في الممــــات * كحل الرمقات ودعت دار الدنيــــــــــــا
لضيتها لصدري ماتت في حجــــري * و دمعة بصري على خدودي مجريــــــــا
واسكن راسي جـذاب نجري في الاعـلاب * ما خليت شعـــاب من كاف و كديــــــــــا
خطفت عقلي راح مصبوغـــة الألمـاح * بنت النـــــاس الملاح زادتني كيــــــــــــــا
حطوهــــا في كفــان بنت على الشـــان * زادتني حمان نفضت مخ حجايـــــــــــا
داروها في النعاش مصبوغـة الارماش * راني وليت باص واش اللي بيـــــــــــا
جابوهــــا في جحاف حومتها تنظـــاف * زينة الأوصاف سبتي طويلة الرايـــــــا
في حومتهـــا خراب كي مرضى الكوكـاب * زيد قدح في سحاب ضيق العشويـــــــا
حومتهــــا بالحرير كمخـة فوق سريــــر * وانـــــــــا نشبر مهلكتني حيزيــــــــــا
كثرت عني هموم من صافي الخرطـــوم * مــــا عدت شي نقوم في دار الدنيــــا
ماتت موت الجهاد مصبوغة الأثــــمــــاد * قصدوا بهـــــا بلاد خالد مسميــــــــا
عشات تحت اللحـاد موشومة الأعضــــاد * عين الشراد غـابت على عينيــــــــــا
ياحفــــار القبور ســــايس ريــــم القـــــــور * لا تطيحش الصخورعلى اللي بيا
داروها في القبر والشــــــــــــــــاش معجر * تضوي ضي القمر ليلة عشريــــا
داروها في اللحود ، الزين المقدود * جبارة بين سدود وسواقي حيا
قسمتك بالكتــــاب و حروف الوهـــــــاب * لا تطيح التراب فوق أم مرايـــــــا
لوان تجي للعناد ننطح تلث عقـــــــــــــاد * نديها بالزنـــــاد عن قوم العديــــــا
واذا نحلف و راس مصبوغة الأنعـــــاس * مـا نحسبشي الناس لو تجي ميـــــا
لوا أن تجي للذراع نحلف ما تمشــــي ذراع * ننطح صرصور قاع باسم حيزيـــا
لو أن تجي للنقـــــار نسمع كان و صـار * لن نديها قمـار و الشهود عليــــــــــا
لو أن تجي للزحــــام نفتن عنهــا اعـــوام * نديهـا بالدوام نابو سهميـــــــــــــــا
كي عـــاد أمر الحنين رب العــــالميــــن * لا لقيت لهــــا من اين نقلب حيـــــا
صبري صبري عليك نصبر أن نـاتيـــــــك * نتفكر فيك يا ختي غير انتيــــــــــــــــا
هلكني يــــــا ملاح الأزرق كي يتــــلاح * بعد اختي غي زياد يحيا في الدنيـــــا
عودي في ذا التلول رعـــى كل خيــــــــــول * و اذا والى الهول شـــــاو المشليــــــــــــــا
ما يعمل ذا الحصان في حرب الميــــــــدان * يخوح شــــــاو القران امــــه ركبيـــــــــــا
آش لعب في الزمول اعقاب المرحــــــول * انا عنه نجول بيـا مــــــا بيـــــــــا
بعد شهر مــــا يدوم عندي ذا الملجــــوم * نهــــــار ثلاثين يوم وراء حيزيـــا
توفى ذا الجواد ولــــى في الاوهـــــــــــاد * بعد اختي ما زاد يحيــا في الدنيــــا
صدوا صد الـــوداع و اختي قـــــــــاع * طاح من يدي سراح الازرق آه ديــا
ربي اجعل الحيــاة ووراها الممـــــات * منهم روحي فنـــات الاثنين رزيـا
Traduction française de C. SONNECK (1902)
« Amis, consolez-moi; je viens de perdre la reine des belles. Elle repose sous terre.
Un feu ardent brûle en moi ! Ma souffrance est extrême.
Mon coeur s'en est allé, avec la svelte Hiziya. Hélas ! Plus jamais je ne jouirai de sa compagnie.
Finis les doux moments, où, comme au printemps, les fleurs des prairies, nous étions heureux.
Que la vie avait pour nous de douceurs ! telle une ombre,
la jeune gazelle a disparu, en dépit de moi! !
Lorsqu'elle marchait, droit devant elle, ma bien-aimée était admirée par tous.
Telle le bey du camp qui s'avance un cimeterre à la ceinture.
Entouré de soldats et suivi de cavaliers qui sont venus à sa rencontre,
pour lui remettre chacun un présent;
Armé d'un sabre d'Inde, il lui suffit de faire un geste de la main,
pour partager une barre de fer, ou fendre un roc.
Il a tué un grand nombre d'hommes, ennemis du bien.
Orgueilleux et superbe, il s'avance fièrement.
C'est assez glorifier le bey ! Dis-nous,
chanteur, dans une nouvelle chanson les louanges de la fille d'Ahmad ben al-Bey.
Amis, consolez-moi; je viens de perdre la
reine des belles. Elle repose sous terre.
Un feu ardent brûle en moi !
Ma souffrance est extrême. Mon coeur s'en est allé, avec la svelte Hiziya.
Lorsqu'elle laisse flotter sa chevelure, un suave parfum s'en dégage.
Ses sourcils forment deux arcs bien dessinés, telle la lettre noun, tracée dans un message.
Ton oeil ravit les coeurs, telle une balle de
fusil européen, qui aux mains des guerriers, atteint sûrement le but.
Ta joue est la rose épanouie du matin, et le brillant oeillet;
le sang qui l'arrose lui donne l'éclat du soleil.
tes dents ont la blancheur de l'ivoire, et,
dans ta bouche étincelante, la salive a la douceur du lait des brebis
ou du miel qu'apprécient tant les gourmets.
Admire ce cou plus blanc que le coeur du palmier.
C'est un étui de cristal, entouré de colliers d'or.
Ta poitrine est de marbre; il s'y trouve deux jumeaux,
que mes mains ont caressés, semblables aux belles pommes qu'on offre aux malades.
Ton corps a la blancheur et le poli du papier, du coton ou de la fine toile de lin,
ou encore de la neige, tombant par une nuit obscure.
Hiziya a la taille fine; sa ceinture, penche de côté,
et ses tortis entremêlés retombent sur son flanc repli par repli.
Contemple ses chevilles; chacune est jalouse de la beauté de l'autre;
lorsqu'elles se querellent elles font entendre
le cliquetis de leurs khelkhals, surmontant les brodequins
Quand nous campions à Bazer1, je me rendais auprès d'elle le matin;
alors nous goûtions les joies de ce monde.
je saluais la gazelle; j'observais les présages;
heureux comme un homme fortuné, possédant les trésors de l'univers.
La richesse n'avait pour moi aucune valeur,
comparée au tintement des khelkhals de Hiziya,
quand je franchissais les collines pour aller la rencontrer.
Lorsqu'au milieu des prairies, elle balançait son corps avec grâce,
et faisait résonner son khelkhal, ma raison s'égarait;
un trouble profond envahissait mon coeur et mes sens.
Après avoir passé l'été dans le Tell, nous
redescendîmes vers le Sahara, ma
belle et moi.
Les litières étaient fermées; la poudre
retentissait; mon cheval gris
m'entraînait vers Hiziya.
Ils ont conduit les palanquins des belles, et
ont campé à Azal, face à Sidi
Lahcen et à Zerga.
Ils se sont dirigés vers Sidi Said vers al-
Matkaouak, puis sont arrivés le soir
à M'Doukal.
Ils sont repartis de bon matin, au lever de
la brise, vers Sidi Mohammed,
ornement de cette paisible contrée.
De là, ils ont conduit les litières à
al-Makhraf. Mon cheval, tel un aigle,
m'emporte dans les airs,
en direction de Ben Seghir, avec la belle
aux bras tatoués.
Après avoir traversé l'Oued, ils sont passés
par Al Hanya. Ils ont dressé leurs
tentes à Rous at-Toual, près du désert.
L'étape suivante mène à Ben Djellal.
De là, ils se sont dirigés vers El Besbes, puis
vers El-Herimek, avec ma bien-aimée
Hiziya.
A combien de réjouissances avons-nous
pris part ! Mon cheval gris,
disparaissait presque dans l'arène,
(derrière un rideau de poussière); on
aurait dit un fantôme.
Ma belle était grande comme la hampe
d'un étendard; ses dents, lorsqu'elle
souriait, formaient une rangée de
perles; elle parlait par allusions, me
faisant ainsi comprendre (ce qu'elle
voulait dire).
La fille de Hmida brillait, telle l'étoile du
matin; elle éclipsait ses compagnes,
semblable à un palmier qui seul,
dans le jardin, se tient debout, grand
et droit.
Le vent l'a déraciné, il l'a arraché en un
clin d'oeil. Je ne m'attendais pas à
voir tomber ce bel arbre; je pensais
qu'il était bien protégé.
mais j'ignorais que Dieu, souverainement
bon, allait la rappeler à Lui. Le
Seigneur a abattu (ce bel arbre).
je reprends mon récit. Nous avons campé
ensemble sur l'Oued Ithel; c'est là que
la reine des jouvencelles me dit
adieu. C'est cette nuit-là qu'elle passa
de vie à trépas; c'est là que la belle
aux yeux noirs quitta ce monde.
Elle se tenait serrée contre ma poitrine,
lorsqu'elle rendit l'âme. Les larmes
remplirent mes yeux, et s'écoulaient
sur mes joues.
Je pensais devenir fou, et me mis à errer
dans la campagne, parcourant tous
les ravins des montagnes et des
collines.
Elle a ravi mon esprit et enflammé mon
coeur la belle aux yeux noirs, issue
d'une race illustre.
On l'enveloppa d'un linceul, la fille de
notable; ce spectacle a augmenté ma
fièvre, et ébranlé mon cerveau.
On la mit dans un cercueil, la belle aux
magnifiques pendants d'oreilles. Je
demeurais stupide, ne comprenant
pas ce qui m'arrivait.
On l'emporta dans un palanquin, embelli
par des ornements, la belle, cause de
mes chagrins, qui était grande telle la
hampe d'un étendard.
Sa litière était ornée de broderies
bigarrées, scintillantes comme les
étoiles, et colorées comme un arc-en-
ciel, au milieu des nuages, quand
vient le soir.
Elle était tendue de soie et tapissée de
brocart. Et moi, comme un enfant, je
pleurais la mort de la belle Hiziya.
Que de tourments j'ai endurés pour
celle dont le profil était si pur ! Je ne
pourrai plus vivre sans elle. Elle est
morte du trépas des martyrs, la belle
aux paupières teintées d'antimoine !
On l'emporta vers un pays nommé
Sidi Khaled.
Elle se trouva la nuit sous les dalles du
sépulcre, celle dont les bras étaient
ornés de tatouages; mes yeux ne
devraient plus revoir la belle aux yeux
de gazelle.
Ô fossoyeur ! ménage l'antilope du désert;
ne laisse point tomber de pierres, sur
la belle Hiziya ! Je t'en adjure, par le
livre saint, ne fais point tomber de
terre sur celle qui brille comme un
miroir. S'il fallait la disputer à des
rivaux, je fondrais résolument sur
trois troupes de guerriers.
Je l'enlèverais par la force des armes aux
ennemis. Dussé-je le jurer par la tête
de la belle aux yeux noirs, je ne
compterais pas mes adversaires,
fussent-ils au nombre de cent.
Si elle devait rester au plus fort, je jure
que nul ne pourrait me la ravir;
j'attaquerais, au nom de Hiziya, une
armée entière.
Si elle devait être le trophée d'un combat,
vous entendriez le récit de mes
exploits; je l'enlèverais de haute lutte,
devant témoins.
S'il fallait la mériter au cours de rencontres
tumultueuses, je combattrais durant
des années, pour elle.
Je la conquerrais au prix de persévérants
efforts, car je suis un cavalier
intrépide.
Mais puisque telle est la volonté de Dieu,
maître des mondes, je ne puis
détourner de moi cette calamité.
Patience ! Patience ! J'attends le moment
de te rejoindre : je pense à toi, ma
bien-aimée, à toi seule !
Amis, mon cheval me fendait le coeur,
lorsqu'il s'élançait en avant (attristé
par la perte de Hiziya).
Après la mort de ma bien-aimée, il s'en est
allé, et m'a quitté.
Mon cheval était plus rapide que tous les
autres chevaux du pays; dans les
échauffourées, on le voyait en tête du
peloton.
Quels prodiges n'accomplissait-il pas sur le
champ de bataille !
Il se montrait au premier rang. Sa mère
descendait du fameux Rakby2. (Nom d'un étalon célèbre amené du Maroc par si Ahmed Tidjani )
Combien il excellait dans les joutes entre
les douars, à la suite de la tribu en
marche; je tournoyais avec lui
insouciant de ma destinée ! Un mois
plus tard, il m'avait quitté; trente
jours après Hiziya.
Cette noble bête mourut; le voilà au fonds
d'un précipice; il ne survécut pas à
ma bien-aimée. Tous deux sont partis
pour toujours.
Les rênes de mon cheval gris sont tombés
de mes mains.
Ô Douleur ! Dieu, en les rappelant à lui,
m'a enlevé toute raison de vivre.
Mon âme est près de s'éteindre, après leur
cruelle perte.
Je pleure cette séparation, comme pleure
un amoureux.
Mon coeur se consume chaque jour
davantage; ma vie n'a plus de sens.
Pourquoi pleurez-vous mes yeux ? Nul
doute que les plaisirs du monde vous
raviront. Ne me ferez-vous point
grâce ?
la belle aux cils noirs a ravivé mes
tourments; celle qui faisait la joie de
mon coeur repose sous la terre.
Je pleure la belle aux dents de perles; mes
cheveux ont blanchi; et mes yeux ne
peuvent supporter cette séparation.
Le soleil qui nous a éclairé, est monté au
Zénith, se dirigeant vers l'Occident; il
s'est éclipsé après avoir été le sommet
de la voûte céleste, au milieu du jour.
La lune qui se montre à nous, a brillé
pendant le mois du Ramadhan, puis
a disparu du ciel, après avoir fait ses
adieux au monde.
Ce poème, je le dédie à la mémoire de la
reine du siècle, fille d'Ahmed, et
descendante de l'illustre tribu des
Douaouda.
Telle est la volonté de Dieu, mon Maître
Tout-Puissant. Le Seigneur a manifesté
sa volonté, et a rappelé à lui Hiziya.
Mon Dieu ! Donne-moi la patience;
mon coeur meurt de son mal,
emporté par l'amour de la belle, qui
a quitté ce monde.
Elle vaut deux cents chevaux de race, et
cent cavales issues de Rakby.
Elle vaut mille chameaux; elle vaut une
forêt de palmiers des Ziban.
Elle vaut tout le pays du Djérid; elle vaut
le pays des noirs, et des milliers de
Haoussas.
Elle vaut les Arabes du Tell et du désert,
ainsi que tous les campements des
tribus, aussi loin que puissent
atteindre les caravanes, voyageant à
travers les cols des montagnes.
Elle vaut ceux qui mènent la vie
bédouine, et ceux qui habitent les
continents.
Elle vaut ceux qui se sont installés dans
des demeures permanentes et mènent
une vie de citadins.
Elle vaut les trésors, la belle aux beaux
yeux; et si cela ne suffit pas, ajoutes-y
les habitants des villes.
Elle vaut les troupeaux des tribus, les
bijoux, les palmiers des oasis, le pays
des Chaouias.
Elle vaut ce que renferment les océans;
elle vaut les Bédouins et citadins
vivant au delà du Djebel Amour, et
jusqu'à Ghardaïa.
Elle vaut, elle vaut le Mzab, et les plaines
du Zab, hormis les saints et les
marabouts.
Elle vaut les chevaux recouverts de riches
carapaçons, et l'étoile du soir; cela est
peu, trop peu, pour ma bien-aimée,
unique remède à mes maux.
Je demande pardon au Seigneur; qu'il ait
pitié de ce malheureux !
Que Mon Seigneur et Maître pardonne à
celui qui gémit à ses pieds ! Elle avait
23 ans, la belle à l'écharpe de soie.
Mon amour l'a suivie; il ne renaîtra
jamais dans mon coeur.
Consolez-moi de la perte de la reine des
gazelles. Elle habite la demeure des
ténèbres, l'éternel séjour.
Jeunes amis ! Consolez-moi de la perte du
faucon.
Elle n'a laissé que le lieu où sa famille a
campé, et qui porte son nom.
Bonnes gens ! Consolez-moi de la perte de
la belle aux khelkhals d'argent pur; on
l'a recouverte d'un voile de pierre
reposant sur des fondations bien
bâties.
Amis ! Consolez-moi de la perte de la
cavale de Dyab3 qui n'eut d'autre (l'un des principaux héros de la geste des banou Hilal )
maître que moi.
J'avais de mes mains, tatoué de dessins
quadrillés, la poitrine de la belle à la
fine tunique, ainsi que ses poignets.
Bleus comme le col du ramier, leurs traits
ne se heurtaient pas; ils étaient
parfaitement tracés, quoique sans
plume; seules mes mains avaient
exécuté ce travail.
J'avais dessiné ce tatouage entre ses seins,
lui donnant d'heureuses proportions.
Au-dessus des bracelets qui paraient ses
poignets, j'avais écrit mon nom.
Même sur ses chevilles, j'avais figuré un
palmier !
Que ma main l'avait bien dessiné ! Ah ! La
vie est ainsi faite !
Saiyed, toujours épris de toi, ne te reverra
plus; le seul souvenir de ton nom, lui
fait perdre ses sens. Pardonne-moi,
Dieu compatissant; pardonne aussi à
tous les assistants; Saiyed est triste; il
pleure celle qui lui était si chère. Aie
pitié de l'amoureux, et pardonne à
Hiziya; réunis-les dans le sommeil,
Seigneur !
Ô Dieu, le Très-Haut. Pardonne à
l'auteur, qui a composé ce poème; son
nom est formé de deux mim, d'un ha
et d'un dal (Mohamed).
Ô Toi qui connais l'avenir ! Donne la
résignation à cet homme, qui est fou
(de douleur); je pleure comme un
exilé; mes larmes apitoieraient même
mes ennemis.
Je ne mange plus; toute nourriture m'est
devenue insipide; mes paupières ne
connaissent plus le sommeil.
Cette pièce a été composée trois jours
seulement après la mort de celle qui
me fit ses adieux, et ne revint plus
vers moi.
Ô vous qui m'écoutez ! Ce poème a été achevé en 1295 de l'Hégire 4.
Ould Seghir a composé, au mois de l'Aid El-Kebir, cette chanson.
A Sidi Khaled ben Sinan, Ben Guittoun a chanté celle que vous aviez vue vivante.
1 (vaste plaine au S. E. de Sétif où les nomades de Biskra venaient faire paître
leurs troupeaux en été )





