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lundi 12 avril 2021

La magie du chant et l'éternité de l'instant: Saadane Benbabaali


 

Présentation de "La magie du chant et l'éternité de l'instant".
Écrire un livre sur l’art de vivre andalou et sa philosophie particulière du carpe diem impose à son auteur de faire l’expérience consciente de ce dont il veut parler. Les grands livres sont toujours les livres issus de l’expérience personnelle, ceux qui expriment le vécu d’une personnalité singulière. Cependant, ma singularité n’est aucunement en rupture avec ce qui m’entoure, me précède et continuera après mon existence. Aussi unique soit-elle, l’expérience de chacun se nourrit d’un socle commun et de racines collectives partagées depuis l’aube de l’humanité. C’est ce qui nous rend solidaires malgré nos différences.
Nos frères “andalous” et maghrébins qui ont exprimé dans leurs poèmes un art de vivre exhortant au carpe diem ont redit à leur manière ce que les Grecs, les Persans, les Mésopotamiens et les Égyptiens de l’époque antique avaient déjà exprimé chacun de façon originale selon leur propre culture. Tous avaient senti le besoin d’appeler à cueillir, sans nostalgie du passé ni crainte du futur, le fruit que chaque instant présent offre aux hommes. Tous ont compris comme Omar Khayyam que:
« Demain appartient à l'inconnu mais aujourd'hui est mien
Combien sont déçus ceux qui espèrent dans les lendemains
Je ne suis point dupe au point de voir
sous mes yeux, s'étaler la beauté de la vie 
et de ne point la cueillir. »

vendredi 19 juin 2015

Adab et Cortezia

Adab [1] et Cortezia
ou l’Art de s’autodiscipliner 
par l’apprentissage des bonnes manières

De nos jours, le terme adab désigne le domaine littéraire, mais il a connu des acceptions diverses. Le sens qui nous intéresse particulièrement est le plus ancien : le substantif adab « s’applique à une habitude, une norme pratique de conduite, avec la double connotation d’être louable et héritée des ancêtres. » [2]. Cette notion va de pair avec la poésie amoureuse hidjazienne [3] des débuts de l’islam, car elle désigne l’art des bonnes manières, du tact et du raffinement. C’est sous le califat ‘abbasside que s’est développée cette conception éthique d’un art de vivre en société. Notons que la divergence qui existait déjà au niveau du mode de vie, entre la bédouinité et la sédentarité, s’est vue accentuée davantage à cette époque. Ce phénomène a été entraîné notamment par la circulation croissante des richesses, due au pèlerinage d’une part, et aux butins des conquêtes de l’autre. Ainsi, les Arabes de cette région prirent peu à peu goût au luxe et au raffinement et à la vie de plaisir. Par ailleurs, dans cette région, il semble que les femmes nobles pouvaient profiter d’une relative liberté. Elles furent même à l’origine des premières « réunions » artistiques et littéraires (madjâlis), auxquelles aimait particulièrement se rendre le poète ‘Umar Ibn ’Abî Rabî’a. N’oublions pas non plus l’influence des cultures persanes, grecques et indiennes à cette époque, qui contribua à la naissance de cet art de vivre « élégamment » en société. Ajoutons que la transmission du concept d’adab se faisait notamment par le biais de la littérature, à travers des ouvrages d’adab, des annecdotes, contes ou « exemples » (mathâl) à visée morale et didactique. C’est alors que toute une série de règles ont été établies, concernant l’apprentissage des bonnes manières et de ce que l’on peut rapprocher de la « courtoisie ».

    L’idée du raffinement et de l’élégance est également exprimée par le mot zarf (notons que l’adab s’accompagne souvent du zarf, et vice versa). Le zarîf  (pl. zurafâ’) est un être  distingué (homme ou femme) et éduqué, qui sait se comporter en société : il aime à se vêtir avec goût et délicatesse ; il sait manier l’art de la parole et de la politesse, il aime la compagnie des gens d’esprit, et apprécie la musique et la littérature. L’adîb, quant à lui, désigne l’homme cultivé, connaisseur de la tradition littéraire relevant de l’adab et de la sagesse qu’elle enseigne. Il a également une bonne connaissance du Coran, de la tradition prophétique et de la sunna. En somme, si le zarîf  se distingue par son comportement élégant en public et par la bonne éducation dont il fait preuve, l’adîb, quant à lui, se démarque par ses vertus éthiques et morales, fruit des connaissances qu’il a accumulées et qui relèvent d’une tradition ancienne.

    La cortezia apparaît d’une certaine manière comme l’équivalent chrétien de l’adab. Indissociable de la mezura (évoquée plus haut), ce concept désigne le comportement social des gens aisés et « civilisés », qui ont reçu une éducation raffinée. Ceux qui pratiquent la cortezia cultivent un goût certain pour les arts, la poésie, la connaissance et les bonnes manières.  Notons que la Dame décrite dans les poèmes des troubadours apparaît tout à fait conforme à l’attitude courtoise. Son comportement est celui d’un être raffiné et éduqué. Sa conversation est agréable, ses mouvements sont grâcieux et sa générosité est immense. Son visage affiche une expression gaie et accueillante. Ses propos sont mesurés et ses manières distinguées. D’ailleurs, il est intéressant de constater que ses vertus courtoises sont souvent abordées avec plus d’insistance que ses qualités physiques.


Ainsi, l’art de la « maîtrise de soi » cultivé au Moyen Âge en Orient et en Occident musulman puis en Occident chrétien, trouve son origine à la fois dans les valeurs véhiculées par les religions monothéïstes (l’Islam d’un côté et le Christianisme de l’autre), et dans les codes sociaux établis par les classes les plus aisées. Le milieu aulique est donc le lieu où s’élabore une culture particulière, qui rejaillit peu à peu en dehors de l’enceinte des palais et des châteaux à mesure que la vie citadine se développe et fait naître des catégories sociales intermédiaires, lesquelles s’inspirent des comportements de l’élite.

Clélia Bergerot, « L’art d’aimer selon les poètes arabes d’al-Andalus et les troubadours occitans», Mémoire de Master 2, Université Sorbonne Paris 3, Juin 2015





[1] Pour le concept d’Adab, extrait du mémoire de Master 1 intitulé « Rencontre, séparation et retrouvailles dans la poésie chantée arabo-andalouse » (avec quelques modifications).
[2] Gabrieli, F.. "Adab." Encyclopédie de l’Islam.
[3] Concernant l’élaboration du ghazal, on distingue généralement deux mouvements parallèles. L’un, que l’on situe habituellement dans un contexte bédouin, est celui qui a vu naître la poésie dite ‘udhrîte. Quant à l’autre, qui peut être qualifié de citadin, semble avoir pris naissance dans la région du Hidjâz. Ce dernier a connu un développement considérable, au sein d’une société particulièrement raffinée. Le poète le plus représentatif de ce ghazal « hidjâzien » est sans conteste ‘Umar Ibn ‘Abî Rabî’a, qui est en outre considéré dans l’imaginaire collectif, comme un « Don Juan  arabe ».

mardi 24 juin 2014

ALJAMIADA, en littérature andalouse



De l'arabe al-'adjamiyya (paroles d'étranger), le mot aljamía se trouve déjà dans le Poema de Alfonso XI (vers 1348) ; il désigne le latin corrompu utilisé par les mozarabes, c'est-à-dire les chrétiens hispano-romains de l'Al-Andalus ayant accepté la domination de l'Islam (711-712). Les maures utilisèrent ce mot pour désigner le castillan. 

Les poemas aljamiados sont des compositions écrites en castillan, mais avec des caractères arabes ou en hébreu. En effet, les mudéjares (musulmans des territoires christianisés) et les juifs d'Espagne parlaient le castillan ; s'ils avaient oublié leur langue maternelle, ils continuaient cependant d'écrire la langue de leurs ancêtres. Le Poema de Yusuf (14e s.) est l'une des principales manifestations de la littérature aljamiada. D'après R. Menéndez Pidal, l'auteur en est peut-être un morisco (musulman devenu chrétien) aragonais. Ce poème appartient au mester de clerecía. Rédigé en caractères arabes, il raconte l'histoire biblique de Joseph, selon la version coranique. 


Les Coplas de Yocef, de la même époque et sur le même thème, sont rédigées en caractères hébraiques. La plupart des manuscrits clandestins ayant conservé cette littérature sont du xvie siècle. Ces textes sont souvent d'intention apologétique. Le Kitāb segobiano (1462) fut ainsi écrit par le muftī de Ségovie, Isā Djābir (Ice de Gebir), afin d'enseigner la doctrine de l'Islam. Un conte de fées, écrit dans ce dialecte, La Doncella Carcayona, célèbre aussi le seul vrai Dieu, Allāh. On ne connaît qu'un seul poète de cette littérature, el Mancebo de Arévalo ; il écrivit le Sumario de la relación y ejercicio espiritual, Tafsina, et, en collaboration avec Baray de Reminjo, fakir d'Aragón, Breve Compendio de nuestra santa ley. Un autre texte de cette littérature ne fut publié qu'en 1886, le Recontamiento del rey Alixandre, récit des prodiges survenus à Alexandre le Grand.

Source Encyclopédie Universalis et Mostefa Harkat

vendredi 20 novembre 2009

Vida y obra de Juan Ruiz


Vida y obra de Juan Ruiz


Este libro de tan alto y significativo nombre -Libro de Buen Amor1- fue compuesto en aquel lugar lamentable «donde toda incomodidad tiene su asiento, y donde todo triste ruido hace su habitación». Dígase claro que su autor estaba preso cuando le escribió2. Mas la aspereza y desabrimiento del lugar, no engendró un libro amargo y desalentado, como el de Silvio Pellico, ni versos desgarradores y dolientes, como los del autor de la Lira Focia, sino un libro claro, jocundo, desasosegado y burlón; a veces libertino, a veces gravemente moralizador; unas, urbano, otras, transcendiendo a flores rústicas y montaraces. Se le ha comparado con Rabelais y con Chaucer, y más cerca está de la minuciosa erudición del autor del Parlement of foules, que de la machuna alegría gala del padre de Pantagruel. Es un libro español, y, más aún, castellano; y al través del grave metro del mester de clerecía, ondula y vibra el espíritu nacional, elegante y señor, sobreponiéndose y dominando a los amables horrores y libertinas licencias que relata. Y para referir tanto suceso, el rígido y bronco romance, que en el Poema del Cid suena al paso de andar de los férreos barraganes, y en Berceo se apoya en clericales rodrigones latinos, en este libro aparece suelto, destrabado, ágil, gracioso, a veces un poco femenino, inflamado por una poderosa y lírica inspiración.

Su autor se llama Juan Ruiz, de menester arcipreste de Hita, en la Provincia de Guadalajara3. Vivió a mediados del siglo XIV, siendo arzobispo de Toledo Don Gil Albornoz (1337-1367) y reinando en Castilla el señor rey Alfonso XI. Unos creen que fue natural de Alcalá, otros que de Guadalajara. Murió antes de 1351, pues en una donación hecha por el arzobispo D. Gil, en 7 de enero del dicho año, ordena al arcipreste de Hita, Don Pedro Fernández, ponga en posesión al monasterio de San Blas de Villaviciosa de una casa y heredad, objeto de la donación. Si Juan Ruiz no había muerto para esa fecha, desempeñaría otro cargo; lo cierto es que en 1351 no era arcipreste de Hita.

Y éstas son todas las noticias biográficas que de él se conservan.

Fue el arcipreste grande de talla, de piernas y de brazos; pequeñas boca, manos y pies. La cabeza grande y poderosa, ancho de espaldas, orejudo y velloso, y con las cejas negras y apartadas. El talante erguido y sosegada la andadura4.

El Libro de Buen Amor es la obra más importante del siglo XIV.

Pertrechado el autor de casi toda la erudición de su siglo, aprovecha y explota todas las canteras para la producción de su obra. Apólogos latinos y orientales, fabliaux, el libro de Vétula, Virgilio y sus leyendas, Ovidio y su poema, etc., todo lo utiliza, haciendo de su obra un inmenso mosaico vigorizado, animado y espiritualizado por sus geniales atisbos y sus aciertos plenos. Tan poderosa y fecunda es su vena creadora, que el elemento utilizado queda exhausto y sin valor junto al resultado que el arcipreste obtiene. Apenas hay verso del largo libro que no esté lleno de jugo y vigor. Jugo y vigor, ciertamente, un poco excesivos en algunos puntos de vista y que tienen fragancias que transcienden a flores pecaminosas, semejantes, y algunas no inferiores, a las ficciones con que el cuentista de Florencia intentaba distraer a su galante auditorio del espanto de la peste.

Toda la sociedad picaresca del siglo XIV aparece pintada en este libro con soberanos y definitivos trazos: endicheras, danzaderas, tahures, troteras, etc., están descriptos en versos ágiles y nerviosos. Y, sobre todo, esa inmortal Trotaconventos con sus arterías y trampantojos, madre de todas las Celestinas que cundieron por la Literatura española. Y en este libro va remozado y jovial el puro espíritu castellano, sin trabas ni ataduras, como sólo aparece más tarde en el otro arcipreste, no menos magno, autor de El Corbacho, y en el otro clérigo, desenvuelto y audaz, que escribió la historia de la Lozana Andaluza. Visión luminosa y clara de la vida, sin que el demasiado «recordar la natura» turbe el alto ímpetu de poderosa espiritualidad. Y esto lo tuvo como el que más, el de Hita, siendo el precursor y el maestro de todos los castizos humoristas, antes y después de que la desviación interna de la raza produjera aquella literatura de decadencia, amarga y ceñuda, que floreció con los últimos Austrias. El Libro de Buen Amor es un libro picaresco, pero sin la desgarrada implacabilidad del Gran Tacaño, ni la acedía endechosa de Mateo Alemán. Como un claro reír suenan las coplas del arcipreste, cuya vida, toda llena del amoroso ejercicio, es característica de aquellos tiempos revueltos y turbulentos de Alfonso XI, agigantados trágica y épicamente en los apasionados días de Pedro el Cruel o el Justiciero. Se ha querido presentar al arcipreste como un moralizador que pinta al vivo la carroña que le rodea, pero ya está suficientemente probado que no fue su vida, poco edificante, una excepción.

Cuatro son las Cánticas de serrana que el prodigioso arcipreste intercaló en su Libro de Buen Amor5. Pero la diferencia que existe entre las serranas y vaqueiras provenzales y las que encuentra el galante arcipreste en sus andanzas por la sierra, es enorme. «El Arcipreste, más bien que imitar la poesía bucólica de los trovadores, lo que hace es parodiarla en sentido realista. Sus serranas son invariablemente interesadas y codiciosas, a veces feas como vestiglos, y con todo eso, de una acometividad erótica digna de la serrana de la Vera que anda en los romances vulgares.»6 No es exclusiva esta codicia y liviandad de las serranas de Juan Ruiz, y numerosos ejemplos de las vaqueiras y pastoras provenzales lo prueban. Poderosísima era la vena satírica del arcipreste y profundo su espíritu parodista, pero salto tan brusco de la atildada elegancia y belleza de las serranas portuguesas y provenzales a la fealdad monstruosa y grosera codicia de las del Libro de Buen Amor, pueden medianamente explicarse sólo con esas dotes del autor. La casi coexistencia de esas cánticas de serrana con la serranilla de la Zarzuela7, muestra única de una serranilla de origen popular, indica la existencia anterior de este tipo de serrana «feroçe, espantosa» que más tarde reaparece en Bocanegra, Mendo de Campo, Carvajales y otros poetas cortesanos del siglo XV, aunque ya con forma puramente lírica y más bien como motivo poético que reproducción realista8. Queda, aparte de los verdaderos modelos y de la cierta intención de Juan Ruiz, el arranque lírico, la sensación de tosquedad silvestre, la admirable visión poética que aúpan el nombre del autor a la alta región de los impares. Por eso ha podido decirse con absoluta evidencia de sus cánticas de serrana, que anticipandose «en cien años a las serranillas y a las vaqueiras de Santillana, incapacitan a éste para figurar como el primer gran poeta lírico de Castilla»9 y Amador de los Ríos, aun reputando al prócer como el «rey de las serranillas, no sacó por cierto -añade- grandes ventajas a Juan Ruiz en estas graciosas pinturas»10.

Al mismo tiempo es J. Ruiz un alto y efusivo poeta mariano, y en las cánticas y gozos a la Virgen se manifiesta ingenuo y fervoroso, como Berceo y los demás poetas y trovadores que en los Cancioneros han dejado muestras de su devoción, un poco madrigal, un tanto letanía profana, por la Gloriosa.

A. ÁLVAREZ DE LA VILLA
Extrait 2

De cómo todas las cosas del mundo son vanidat, sino amar a Dios



105Como dise Salomón, e dise la verdat,


que las cosas del mundo todas son vanidat,


todas son pasaderas, vanse con la edat;


salvo amor de Dios, todas son liviandat.



106Et yo desque vi la dueña partida e mudada,


dixe: «Querer do non me quieren, faría una nada:


»responder do non me llaman, es vanidat probada.»


Partime de su pleyto, pues de mí es redrada.



107Sabe Dios, que aquesta dueña e quantas yo vi,


siempre quise guardarlas, et siempre las serví,


si servir non las pude, nunca las deserví,


de dueña mesurada siempre bien escrebí.



108Mucho sería villano e torpe pajés,


si de la mujer noble dixiese cosa refés;


ca en muger loçana, fermosa e cortés


todo bien del mundo e todo plaser es.



109Si Dios, quando formó el ome entendiera


que era mala cosa la mujer, non la diera


al ome por compañera, nin d'él non la fesiera,


si para bien non fuera, tan noble non saliera.



110Si omen a la mujer non la quisiese bien,


non ternía tantos presos el amor quantos tien',


por santo nin santa que seya, non sé quién,


non codiçie compaña, si solo se mantien'.



111Una fabla lo dise, que vos digo agora:


que una ave sola nin bien canta, nin bien llora,


el mástel sin la vela non puede estar toda hora,


nin las verças non se crían tan bien sin la noria.



112Et yo como estava solo sin compañía,


codiçiaba tener lo que otro para sí tenía,


puse el ojo en otra non santa, más sentía,


yo cruisiava por ella, otro la avíe valdía.



113Et porque yo non podía con ella ansí fablar,


puse por mí mensagero, coydando recabdar


a un mi compañero, sópome el clavo echar,


él comió la vianda, e a mí fiso rumiar.



114Fis' con el grand pesar esta trova cazurra,


la dueña que la oyere, por ella non me aburra,


ca debríen me desir neçio, et más que bestia burra,


si de tan grand escarnio yo non trovase burla.

http://www.cervantesvirtual.com/servlet/SirveObras/02477205488641662977857/index.htm

jeudi 19 novembre 2009

Libro de buen amor (Le livre du bon amour) : 1ere partie


L’auteur
Juan Ruiz, Archiprêtre d’Hita, l’un des poètes espagnols les plus influents de l’Europe Médiévale grâce à ce livre. Selon les différentes chroniques, on suppose qu’il est né en 1283 en Alcalá de Henares. Il a été archiprêtre dans le village de Hita, dans la région de Guadalajara. Selon une de ses biographies, il aurait écrit le Libro de buen amor en prison, envoyé par le Cardinal Don Gil de Albornoz, archevêque de Tolède entre 1337 et 1350.
Selon les recherches d’Emilio Saez et José Trenchs, l’auteur de l’œuvre serait Juan Rodriguez (ou Ruiz) de Cisneros, fils légitime d’un noble palentin, né en 1295 ou 1296, et mort en 1351 ou 1352.

L’œuvre.
Suivant la tradition littéraire de son époque, comme, par exemple les écrits de Gonzalo de Berceo et l’auteur anonyme du livre d’Alexandre, l’ouvrage de Juan Ruiz comprend plus de 1500 strophes, en plus d’un prologue en prose, les gozos et poèmes de la vierge, les cantiques de montagnarde et le chant d’aveugle. De même, la tonalité et les intentions du livre visent à une fusion entre les normes du clergé et le métier de jonglerie. L’œuvre n’est pas facile à lire, étant donné qu’il est écrit en espagnol médiéval.
Le livre du bon amour est un des ouvrages le plus importants de la littérature ibérique du moyen âge. Selon les différents manuscrits, il aurait été écrit entre 1330 et 1343. Le titre du livre a été proposé par Menendez Pindal en 1898, étant donné que « Buen amor » apparaît plusieurs fois dans le texte. Il existe trois manuscrits inégaux, ceux de Salamanca, Tolède et Gayoso. Les deux premiers se référent à des copies préservées dans les bibliothèques localisées dans ces deux villes, et le troisième prend le nom du bibliophile qui a préservé le texte dans sa bibliothèque personnelle.
Comme cela se faisait auparavant, on peut remarquer l’utilisation particulière de la première personne (yo en espagnol), qui représente l’archiprêtre lui-même ou l’autre personnage du livre, Melon de la Huerta ou Melon Ortiz. Cette utilisation va accentuer ce jeu duel entre chrétiens vertueux et pêcheurs. Dans ce texte, on voit des influences différentes, comme celle d’Ovide (spécialement De Vetula), les élégies latines, la poésie pastorale, ainsi que les fables et contes orientaux comme les Mille et une Nuits et les récits médiévaux de tradition arabe et judaïque (l’auteur est né en territoire musulman), ainsi que la littérature de poètes et prêtres des XIIe et XVIIe siècles qui se moquaient de l’hypocrisie de certains dignitaires de l’église.

Sujet.
Dans le texte, l’auteur se propose d’informer et d’instruire les lecteurs, à partir d’une utilisation particulière de la première personne, sur les dangers de l’amour fou et les avantages du bon amour ou l’amour de Dieu. Mais il utilise comme facteur innovateur l’humour, qui est ici un instrument plein d’ambiguïté. Ainsi, on peut lire, en espagnol ancien,
"Enpero, porque es umanal cosa el pecar, si algunos, lo que non los consejo, quisieren usar del loco amor, aquí fallarán algunas maneras para ello",
« cependant, parce que c’est chose humaine de pêcher, si certains, à qui je ne le conseille pas, veulent user de l’amour fou, ils trouveront ici quelques formules pour en faire ».

On voit l’ambiguïté de cette recommandation, faite au début du texte. Plusieurs fois, on voit l’ambiguïté par rapport à certaines habitudes sociales, comme les rapports sexuels et l’institution cléricale.

L’amour.
On voit qu’il y a une mise en garde contre « el loco amor » (l’amour fou), mais en même temps une série de conseils pour une bonne utilisation de l’amour, à partir des aventures amoureuses des personnages.
Sur la question de l’amour, l’auteur va distinguer entre le bon amour et l’amour fou. Si on suit l’analyse d’Estrella Ruiz-Galvez Priego, il y aura un Bon Amour, qui est l’amour de Dieu, et un bon amour, qui serait celui qui a un bon goût, qui aide à vivre. Comme l’explique Ghislaine Fournès
« le libro de buen amor fonctionne donc non sur une opposition entre l’amour divin et l’amour profane(…) mais bien à partir d’un système ternaire opérant grâce à la polysémie du mot amour et s’ordonnant selon une stricte hiérarchie »[1].

On a alors trois niveaux d’amour : l’amour divin, l’amour humain licite et l’amour fou.

Résumé de Augusto GALLI, Master 2

EXTRAIT en espagnol
d'EL LIBRO DE BUEN AMOR del Arcipreste de Hita
Consejos de don Amor: 
Condiciones que ha de tener la mujer para ser bella
Si leyeres a Ovidio que por mí fue educado,

hallarás en él cuentos que yo le hube mostrado, 

y muy buenas maneras para el enamorado; 

Pánfilo, cual Nasón, por mí fue amaestrado.
Si quieres amar dueñas o a cualquier mujer

muchas cosas tendrás primero que aprender 

para que ella te quiera en amor acoger. 

Primeramente, mira qué mujer escoger.
Busca mujer hermosa, atractiva y lozana, 

que no sea muy alta pero tampoco enana; 

si pudieras, no quieras amar mujer villana,

pues de amor nada sabe, palurda y chabacana.
Busca mujer esbelta, de cabeza pequeña, 

cabellos amarillo no teñidos de alheña;

las cejas apartadas, largas, altas, en peña;

ancheta de caderas, ésta es talla de dueña.
Ojos grandes, hermosos, expresivos, lucientes 

y con largas pestañas, bien claras y rientes; 

las orejas pequeñas, delgadas; para mientes (fíjate)

si tiene el cuello alto, así gusta a las gentes.
La nariz afilada, los dientes menudillos, 

iguales y muy blancos, un poco apartadillos, 

las encías bermejas, los dientes agudillos, 

los labios de su boca bermejos, angostillos.
La su boca pequeña, así, de buena guisa

su cara sea blanca, sin vello, clara y lisa,

conviene que la veas primero sin camisa

pues la forma del cuerpo te dirá: ¡esto aguisa!
Necesidad de una vieja mensajera y condiciones que ésta ha de tener.
Si le envías recados, sea tu embajadora 

una parienta tuya; no sea servidora 

de tu dama y así no te será traidora:

todo aquel que mal casa, después su mal deplora.
Procura cuanto puedas que la tu mensajera 

sea razonadora sutil y lisonjera, 

sepa mentir con gracia y seguir la carrera

pues más hierve la olla bajo la tapadera.
Si parienta no tienes, toma una de las viejas 

que andan por las iglesias y saben de callejas;

con gran rosario al cuello saben muchas consejas, 

con llanto de Moisés encantan las orejas.
Estas pavas ladinas son de gran eficacia,

plazas y callejuelas recorren con audacia,

a Dios alzan rosarios, gimiendo su desgracia; 

¡ay! ¡las pícaras tratan el mal con perspicacia!
Toma vieja que tenga oficio de herbolera

que va de casa en casa sirviendo de partera

con polvos, con afeites y con su alcoholera

 mal de ojo hará a la moza, causará su ceguera.
Procura mensajera de esas negras pacatas

que tratan mucho a frailes, a monjas y beatas,

son grandes andariegas, merecen sus zapatas: 

esas trotaconventos hacen muchas contratas.
Donde están tales viejas todo se ha de alegrar, 

pocas mujeres pueden a su mano escapar;

para que no te mientan las debes halagar 

pues tal encanto usan que saben engañar.
De todas esas viejas escoge la mejor,

dile que no te mienta, trátala con amor,

que hasta la mala bestia vende el buen corredor

y mucha mala ropa cubre el buen cobertor.
Si dice que tu dama no tiene miembros grandes,

ni los brazos delgados, luego tú le demandes

si tienes pechos chicos; si dice sí, demandes

por su figura toda, y así seguro andes.
Si tiene los sobacos un poquillo mojados

y tiene chicas piernas y largos los costados,

ancheta de caderas, pies chicos, arqueados,

¡tal mujer no se encuentra en todos los mercados!
En la cama muy loca, en la casa muy cuerda;

no olvides tal mujer, su ventajas acuerda.

Esto que te aconsejo con Ovidio concuerda,

y para ello hace falta mensajera no lerda.
Hay tres cosas que tengo miedo de descubrir,

son faltas muy ocultas, de indiscreto decir:

de ellas, muy pocas mujeres pueden con bien salir, 

cuando yo las mencione se echarán a reír.
Guárdate bien que no sea vellosa ni barbuda

¡el demonio se lleve a la pecosa velluda!

Si tiene mano chica, delgada o voz aguda,

a tal mujer el hombre de buen seso la muda.
Le harás una pregunta como última cuestión:

si tiene el genio alegre y ardiente el corazón;

si no duda, si pide de todo la razón



Esta versión está adaptada al castellano actual. Si quieres ojear la versión original, echa un vistazo aquí (versos 429-450). Si quieres saber más, consulta el enlace "El misterio del Libro de buen amor" A lo largo de la historia de la literatura, otros escritores han intentado dar con la receta de la mujer perfecta. Aquí tenéis una pequeña selección:
"Receta de mujer" de Vinicius de Moraes

"Alabanza de la mujer etérea" de Oliverio Girondosi al hombre dice sí, merece tu pasión.

lundi 11 mai 2009

Botanique, jardinage et poétique.



Suite au commentaire de J.P à propos du texte précédent sur les jardins andalous, une précision s'impose:
Le botaniste, le jardinier et le poéticien peuvent occasionnellement travailler sur le même sujet: les jardins et les fleurs. Mais leurs activités sont totalement différentes. Le premier étudie les fleurs en tant qu'espèces végétales , en connaît la réalité"scientifique" si l'on peut dire, le second en connait les aspects pratiques et travaille à les cultiver, quant au poéticien, il n'a nul besoin de connaître la botanique ni le jardinage puisqu'il travaille sur les fleurs en tant que mots dans des poèmes. Mon essai n'est donc ni un précis de botanique, ni un essai sur le métier de jardinier. Mais une étude littéraire qui vise à comprendre le fonctionnement d’un thème particulier dans la poésie strophique appelée muwashshah et zadjal.


C’est en ce sens que l’appellation de djannân (jardinier ou botaniste) ne convient ni à Sanawbarî ni à Ibn Khafâdja. Quelles que soient leurs connaissances dans le domaine floral ou en arboriculture ces deux hommes sont avant tout des poètes. Quand ils parlent des arbres et des fleurs ce n’est point pour les décrire comme des objets réels. Leurs poèmes transfigurent les roses et les amandiers en leur assignant une fonction poétique .
Aussi la question qui nous préoccupe n’est pas de savoir si les poètes andalous connaissent ou non la flore du pays où ils ont vécu. Ce qui nous intéresse c’est de comprendre comment ils se saisissent des couleurs des fleurs pour « créer une esthétique littéraire florale». Quelle est la fonction des éléments floraux dans les poèmes amoureux et bachiques ? « Chaque aspect de la nature devenant métaphore du sentiment intérieur: la douceur triste de la lumière, la flétrissure des fleurs, le froid hivernal constituent les images d'un paysage moral et affectif. La description de la nature prend un tour psychologique. »
Ceci dit, le poéticien sait aussi admirer les fleurs pour leurs couleurs et leurs formes et sait aussi, à l'occasion, reconnaître leurs magnifiques parfums.

jeudi 29 janvier 2009

Conférence au Forum des savoirs de l'Atrium de Chaville (1)















Mihrab de la Grande mosquée de Cordoue.


À la suite de mes deux conférences sur la littérature andalouse au Forum des savoirs de l'Atrium de Chaville (92) des 22 et 29 janvier, je suis heureux de communiquer à ceux qui y ont assisté un certain nombre de textes dont je me suis servi. Le premier d'entre eux concerne Ibn Shuhayd. Voici sa biographie ainsi que quelques extraits de ses poèmes traduits par Henri Pérès dans son ouvrage: La littérature andalouse en arabe classique au 11e siècle.

Ibn Shuhayd (992-1035)

Abû ‘Âmir Ibn Shuhayd Né à Cordoue en 992 est homme de lettres et poète de la lignée aristocratique arabe des omeyyades, fils d'un ministre d'al-Mansûr (Almanzor).
Il reçut la formation nécessaire au bon fonctionnaire : composer des vers, écrire des lettres officielles dans le style de l’époque. Mais il n’exerça la fonction de ministre que pendant une courte période.
Il s’enfuit de Cordoue puis y retourna et se mit au service d’al-Mu‘tadd (418-1027). Il resta dans l’entourage des Djawharides qui avaient pris le pouvoir dans la capitale jusqu’à sa mort le 11 avril 1035.

Il est l'auteur d’un petit chef d’œuvre : le célèbre traité "Risālat al-tawābi' wa-l-zawābi" (Épitre des génies, vers 1013-17). Cette œuvre de jeunesse est un recueil anthologique des poètes arabes précédents et de ses propres poèmes. C’est un ouvrage sur l'influence et l'inspiration poétiques, où il invite le lecteur à un voyage parodique et plein d'humour sur le thème de l'inspiration poétique. L'épitre des génies est considérée comme l'une des œuvres maîtresses de la littérature andalouse, tant par son contenu que par sa manière et par son originalité particulière.

Dans le prologue, Ibn Shuhayd prétend que n’ayant pas pu achever une pièce en vers, il vit apparaître un génie qui lui proposa de l’aider. Celui-ci le conduisit dans la vallée des génies où les protecteurs des grands hommes de lettres du passé jugent des fragments qu’il a composés lui-même.
Dans le 1er tableau, il l’emmène dans la vallée où demeurent les génies des plus grands poètes du passé (Imru’ al-Qays et al-Mutanabbi) qui lui accordent leur idjâza c’est-à-dire l’autorisation de poursuivre sa carrière littéraire.
Dans le 2e tableau, ce sont les protecteurs des grands prosateurs (al-Djâhiz et ‘Abd al-Hamîd Ibn Yahya) qui lui reprochent d’user de la prose rimée mais lui donnent la licence d’écrire. Dans la dernière partie, il est pris comme arbitre par un groupe d’ânes et de mulets poètes qui représentent des personnalités contemporaines.

En poésie l’ambition d’Ibn Shuhayd est de dépasser les modèles orientaux – surtout al-Mutanabbi- en faisant appel à l’inspiration et en rejetant l’imitation servile. Il excelle dans la description, traite l’amour avec beaucoup de finesse et se montre réservé dans les louanges comme tout noble qui se respecte.

Extraits

Ce qui seul m’a nui, c’est le ton badin de mes vers ;
ou plutôt cette subtilité qui fait croire que je nourris des pensées insensées
alors que j’ai l’esprit bien droit.

J’ai commis, dans le salon du roi, le même crime que d’autres,
Mais c’est mon cou qui a été orné du plus grand crime.

Il n’est en moi, que poésie solidement installée par cette passion sincère
Qui circula à travers le monde comme une perle unique.

J’exprime ce que je ressens, recherchant la beauté des idées, parfois
Et, d’autres fois, j’ajoute à la beauté un peu plus de beauté.

Si j’ai eu longtemps la réputation d’homme badin
C’est que je suis un malheureux qui n’éprouve de bonheur qu’en rythmant des paroles.

Ai-je été, parmi les amoureux, le premier homme de bon sens
dont les esprits ont été entrainés dans l’abîme
par des yeux (ensorceleurs) et des joues (qui se refusent) ?

Si j’ai eu longtemps la réputation d’homme badin,
c’est que (ces yeux et ces joues) étaient si magnifiques
Que le cœur le plus endurci ne pouvait les contempler avec résignation.


Douleur, stoïcisme et résignation
1
Le noble, quand il est touché par la faim, fait voir aux gens qu’il est rassasié
bien qu’il ait le ventre creux ;
Il renferme dans son cœur la douleur qui darde comme une flamme
Pour ne laisser apparaître sur son visage qu’une sereine gaieté.

2
Je me lamente sur mon âme et je pleure sur mon cœur ;
et quand je me sens repris par ma douleur chronique, j’ai l’idée arrétée de me tuer ;

Mais j’accepte, en toute situation, les décrets et les décisions d’Allah contre moi,
car je suis persuadé de leur équité.

Je passe mes journées assis dans la maison où le destin me retient prisonnier à cause de l’infirmité d’une jambe dont la maladie a affaibli le pied.

Qui fera parvenir (ce message) aux hommes :
« votre frère est victime d’une attaque hideuse dont on n’a jamais vu la pareille. »