mardi 17 février 2009

VOYAGE ET QUETE DU SAVOIR DANS LES MAQÂMÂT D’AL-HAMADHÂNÎ: 1ère partie

LITTERATURE ARABE

ÉTYMOLOGIE

1.
Maqâm.

La première question qui se pose est la suivante : quel rapport y a-il entre la maqâma et le thème du voyage ?
Quand on cherche à parler de voyage dans la littérature arabo-musulmane, on pense beaucoup plus à la rihla qu’à la maqâma. Celle-ci tire son nom d’une racine qui est plutôt statique. La Maqâma vient de qâma/ yaqûmu et aqâma/ yuqîmu fi-l-makân c’est soit se mettre en position debout sans mouvement, soit résider pendant une longue durée quelque part. On est debout et pas assis contrairement à ce que suggère la traduction des maqâmât par « séances » qui vient plutôt de l’ancien verbe seoir (12e siècle) qui donne le participe présent séant et le substantif séance.

En fait l’erreur de traduction n’est pas totale car dans les maqâmât, il y a bien des gens assis, ce sont ceux qui écoutent : « Haddathanâ ‘Isâ Ibn Hishâm, qâla… ». Quand le narrateur qui introduit les maqâmât prononce cette phrase, il parle d’un moment où, assis, il était à l’écoute des propos de ‘Isâ qui est supposé être debout comme toute personne qui se présente à un auditoire pour narrer ce qui lui arrive. C’est peut-être là le lien avec le sens étymologique de la maqâma. Celle-ci n’est pas un moment du voyage, elle est l’étape après un certain parcours, étape où l’on relate ce qui s’est passé auparavant.

On trouve dans le Coran le terme maqâm dans le verset suivant : « man khâfa maqâma rabbi-hi wa nahâ al-nafsa ‘ani-l-hawâ… » . Ce maqâm al-rabb dont parle le Coran n’est pas le lieu où résiderait Dieu mais le lieu où comparaît le croyant, debout, devant son Juge qui est assis sur son Trône et accueille ses paroles . Celles-ci sont la relation de ses faits. Le croyant lit son kitâb et découvre ce qu’il a fait. C’est le dernier moment, la dernière étape que le croyant va franchir après les étapes terrestres et après avoir connu le maqâm du qabr, il ressuscite et se présente devant maqâm al-rabb. Dans un autre verset, on trouve mention du maqâm al-karîm, c’est-à-dire le lieu de séjour des croyants dans l’au-delà. Pour les soufis, l’unique maqâm est Dieu Lui-même.

Sur le plan étymologique, ce terme exprime d’abord l’idée de station, de se tenir debout, il désigne ensuite un lieu de séjour durable, un endroit fixe et sûr et signifie enfin le fait de comparaître devant un juge, un seigneur ou un auditoire à qui l’on relate ce qui s’est passé auparavant.

2. Rihla et safar.

À première vue, s’il fallait chercher en arabe un terme pour désigner le voyage, il aurait mieux valu quêter du côté de la racine R.H.L. Dans le Coran, le mot rihla, issu de cette racine est un hapax, c’est-à-dire un terme qui n’apparaît qu’une seule fois dans la Sourate Quraysh (« Rihlatu ash-shitâ’i wa s-sayf » CVI.). Cependant le sens de ce terme ne comporte pas d’ambiguïté comme le
tohu wa wohu de la Genèse. Il désigne les deux voyages que faisaient les caravanes de La Mecque vers le Nord et le Sud du Hedjaz pour les échanges commerciaux.
Très économe en ce qui concerne le terme de
rihla, il est par contre très prolifique en ce qui concerne le terme de safar qui apparaît dans de très nombreux versets. La racine de ce mot, S.F.R. est intéressante car elle donne safara, se mettre en route et les nomades sont appelés qawm sâfira. Al-sufra désigne le viatique de voyage. Cette racine désigne donc le déplacement d’un endroit à un autre, les personnes qui entreprennent un voyage ainsi que les provisions nécessaires.
Mais cette racine recèle d’autres significations. La modification de la première voyelle permet d’obtenir
al-sifr qui signifie « livre, tome, volume… », safara sifran se traduit par « il a écrit ou copié un livre » et un sâfir est un écrivain.
Ainsi avec cette racine, nous avons à la fois le terme qui désigne l’action de voyager et celle du
tadwîn, c’est-à-dire le moment de la mise par écrit ce qui a été observé, entendu et vécu lors du voyage, le moment où « l’on transforme l’expérience en conscience » fixée pour soi et pour les autres.

Saadane BENBABAALI

Notes
1. Le verbe exprime l’action de se mettre dans la position debout.
2. Dans cette forme, le verbe exprime l’action de :
• S’arrêter, opérer une station, une halte ;
• Cesser d’errer, de voyager et se sédentariser ;
• Résider longtemps dans un lieu fixe ;
• Comparaître debout devant un juge.
3. « Quant à celui qui aura redouté de comparaître devant son Seigneur et qui aura préservé son âme des passions, en vérité, pour celui-là, le féerique Djanna sera le lieu d’asile. » LXXIX, 40-41.

2 commentaires:

samia a dit…

Bonsoir.
Voilà un article riche et enrichissant où m'a mené le surfing en quête des maqams musicaux.

Je vous félicite pour votre blog sérieux.

Benbabaali Saadane a dit…

Merci Samia, votre visite est un honneur! et votre témoignage un grand encouragement!